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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

SINGAPOUR VEUT REMETTRE SES SENIORS AU TRAVAIL
 

Le taux d'emploi des salariés entre 55 et 64 ans atteint 66%, l'un des plus élevés des pays de l'OCDE. La ville-état veut en faire un nouvel atout.

 
La Corée du Sud est le pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dont la population vieillit le plus vite. En 2060 le nombre des personnes de plus de 65 ans aura triplé. En Europe, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne se préparent à repousser l'âge de la retraite à 65 ou 67 ans. Mais pour le moment c'est l'Australie qui decroche la palme en voulant la porter à 70 ans.
Singapour est en train de franchir un cap beaucoup plus radical. Le gouvernement encourage les entreprises a reprendre massivement les travailleurs à la retraite. La ville-état voit sa croissance s'essoufler. Elle n'a progressé que de 1,5% sur un an au quatrième trimestre 2014 contre 2,8% au trimestre précédent. Elle plafonnera à 2% ou 3% au mieux cette année. Pour les pouvoirs publics, la génération des 65-70 ans devient une planche de salut pour faire face à la situation.
Le taux d'emploi des salariés entre 55 et 64 ans est actuellement, à 66%, l'un des plus élevés de l'OCDE, dont Singapour n'est pas membre mais partenaire dans le cadre des relations de l'organisation avec l'Asean (Association de nations de l'Asie du sud-est). Inférieur à celui du Japon (68,5%), mais supérieur à celui de la Corée du Sud (65,5%), alors que ce taux est est de 61,3% aux États-Unis et de 51,6% en Europe.
Officiellement l'âge de la retraite à Singapour est fixé à 62 ans. Mais le gouvernement voudrait que les entreprises proposent à leurs employés de rester deux ans de plus s'ils le souhaitent, et même cinq ans de plus à partir de 2017, ce qui portera l'âge de leur départ à 67 ans. Dans le même temps il promet de dépenser 9 milliards de dollars de Singapour (5,7 milliards d'euros) pour les dépenses de santé des personnes nées avant 1950.
L'économie du pays repose en grande partie sur ses petites et moyennes entreprises. Ce sera donc à elles de faire les premiers efforts. Mais ces dernières veument un coup de pouce. Elles réclament tout de suite pas moins de 3 millions de dollars (2 millions d'euros) de prêts à taux réduits pour s'adpater, une révision en profondeur de la législation sur l'immigration et l'engagement des grandes compagnies, qu'elles soient singapouriennes ou étrangères, à les associer davantage qu'elles ne le font à leurs contrats à l'exportation.
"Toujours mieux que de regarder la télévision"
A Singapour, seulement 3,84 millions d'habitants sont des citoyens d'origine singapourienne ou des résident permanents sur 5,4 millions de personnes recensées. Autrtement dit, 30% de la population est immigrée. C'est un sujet sensible. Surtout pour les Chinois d'origine, qui représentent les trois quarts des Singapouriens, contre 13,4% de Malaisiens et 9,2% d'Indiens.
Le Premier ministre Lee Hsien Loong est d'accord pour se pencher sur la question, mais il souhaite que le pays utilise d'abord "toutes ses forces vives" pour améliorer sa compétitivité. Or en 2020 un tiers des Singapouriens auront plus de 50 ans et en 2050 l'âge moyen de la population du pays sera de 54 ans. Il faut donc faire avec.
Le nombre des personnes de plus de 60 ans qui s'enregistrent auprès des services publics pour retrouver un emploi a pratiquement doublé en cinq ans, passant de 2 500 en 2008 à 4 800 en 2013. Seul un Singapourien sur cinq pense que sa retraite lui permettra de vivre correctement. Et la moitié de la population estime que les économies qu'ils ont pu faire ne seront pas suffisantes pour s'en sortir.
Du coup, de plus en plus nombreux sont ceux qui reprennent au-dessus de la soixantaine un emploi dans les services, dans les transports, les sociétés de taxis notamment, payé autour de 1 500 dollars (950 euros) quand le salaire moyen dans la ville-état est de 3 400 euros. Beaucoup acceptent aussi des emplois dévalorisés sur les marchés et dans les petits restaurants de rue. "Cela nous occupe et nous rapporte un peu d'argent. Et c'est toujours mieux que de rester chez soi à regarder la télévision", disent-ils tous.
Passer de la débrouille à une véritable politique de l'emploi des plus de 60-65 ans, tel est aujourd'hui le pari de Singapour. Mais il ne réussira que si les patrons acceptent de jouer le jeu.
Arnaud Rodier, janvier 2015