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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

EN CORÉE, PAS D'ARGENT, PAS DE PETIT(E) AMI(E) NON PLUS

 

Au pays des ginkgos, les arbres aux milles écus, éclatants à l'automne avec leurs inimitables couleurs dorées, le romantisme ne paie plus. Le compte en banque a remplacé les mots d'amour.

 

Une étude de l'Institut coréen de la Santé et des Affaires sociales, analysée par le journal Korea Times, fait froid dans le dos. Au pays du Matin calme, des palais romantiques et des parcs silencieux où l'on s'asseoit sous les ginkgos centenaires couleur d'or à l'automne, si entre 20 ans et 30 ans on n'a pas d'argent, on n'a pas de petit(e) ami(e) non plus.
Garçons ou filles, tous pensent qu'il faut un certain niveau de revenus ou un travail sérieux pour juste prétendre à un rendez-vous amoureux. Ces jeunes, on les appelle en Corée du Sud les trois "non". Pas de flirt, pas de mariage, pas de travail. Pour eux, l'amour n'existe pas sans argent.
L'enquête a voulu ratisser large. Plus de 1 500 personnes, hommes et femmes entre 18 ans et 49 ans, ont été interrogés. Les résultats sont sans appel. 43,2% des hommes et 52,8% des femmes dont le salaire se situait entre 25 millions de won (18 168 euros) et 35 millions de won (25 435 euros) par an avaient une relation amoureuse. Soit entre 1 514 euros et 2 120 euros par mois quand le salaire moyen du pays tourne autour de 2 250 euros. Et tandis que 70% des célibataires masculins gagnant de l'argent disent souhaiter avoir une petite amie, la moitié de ceux qui n'ont pas de travail fixe n'en veulent pas.
Un jeune homme de 24 ans résume la situation : "je me suis promis de progresser et de n'avoir aucune relation tant que je n'aurai pas de travail, même si je tombe amoureux de quelqu'un". Il ne s'avoue pas insensible pour autant. Mais il fait ses calculs. "D'une certaine manière, je regretterai de choisir une fille que je n'aime pas vraiment. Mais je pense qu'aimer quelqu'un, c'est une sorte d'investissement, comme l'accumulation de points de fidélité dans un supermarché qui pourront être transformés en cash pour une future relation". Avant d'ajouter : "je suis triste de penser qu'il est nécessaire de repousser toutes les rencontres avant de gagner de l'argent".

Rester seul

Chez les filles, la manière de penser n'est pas différente. "Quand je voulais trouver un endroit tranquille où retrouver mon petit ami, il fallait que je paie", dit l'une d'elle âgée de 25 ans. "Je n'avais pas de travail, j'avais un petit budget, et cela m'ennervait. J'étais toujours en train de m'inquiéter sur l'argent au lieu de profiter du moment que je pouvais passer avec mon ami. Et finalement je l'ai quitté". Quant à cette étudiante de 24 ans montée de Busan à Séoul, qui n'a pas pu trouver d'emploi dans un grand groupe de la capitale, elle a plaqué tous ses amis et son fiancé pour retourner chez elle.
Pour elle "l'amour est moins important que de démarrer un carrière et de gagner de l'argent". Pour les économistes sud-coréens, cette obsession de l'argent et le choix de préférer rester seul(e) est l'une des raisons qui explique le faible taux de natalité dans le pays, un fléau pour le gouvernement. Mais 45,5% des hommes de 20 ans et 43,1% des femmes du même âge qui ont une relation amoureuse avouent que l'idée même du mariage est une opération purement matérielle qui n'a rien à voir avec les sentiments.
Voila qui explique qu'aujourd'hui que le "niveau de revenus" soit devenu la chose la plus importante, même pour accepter un premier rendez-vous. L'amour au pays du Matin calme a bel et bien un prix. Avis aux amateurs.

Arnaud Rodier, novembre 2014