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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

APRÈS LES "ABENOMICS", LES "WOMENOMICS" PARTENT A L'ASSAUT DU JAPON

 

La population active au Japon tombera à 55 millions de personnes en 2050, contre 87 millions au milieu des années 1990. Pour y faire face le gouvernement compte sur les femmes.

 

Il y avait les « Abenomics », les mesures de relance économiques du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Voici désormais les « Womenomics », le programme destiné à promouvoir les femmes dans la société nippone, dont l’ambassadeur du Japon en France en fait lui-même la promotion dans sa dernière lettre mensuelle. Il s’agit avant tout d’encourager leur activité professionnelle dans un pays où la population active tombera à 55 millions de personnes en 2050, contre 87 millions au milieu des années 1990.
Or le taux d’emploi des femmes est inférieur au Japon de 20% à celui des hommes. La proportion des cadres féminins, en particulier, ne dépasse pas 10% dans les entreprises japonaises, alors qu’elle est de 30 à 40% ne moyenne en Europe et aux États-Unis. Le gouvernement veut la voir passer à 30% d’ici 2020. Pour y parvenir, il promet de « répondre aux problèmes susceptibles d’empêcher les femmes de faire leur propre choix ».
Problèmes de garde d’enfant, d’abord, évoqués par la plupart des mères de famille quand on leur demande pourquoi elles arrêtent de travailler. Quelques 400 000 places de crèches supplémentaires doivent ainsi être crées dans l’archipel dès 2018. Problèmes d’aménagement du temps de travail aussi dans un pays où les journées passées dans l’entreprise sont beaucoup trop longues pour laisser le moindre temps libre. Mais promouvoir la flexibilité dans une société où le nombre d’heures passées au bureau est une marque de statut social et le meilleur moyen de progresser, tant il est vrai que la promotion se fait à l’ancienneté, ne sera pas une mince affaire.
Un tel changement suppose aussi une remise en question de l’emploi à vie qui, s’il n’est plus ce qu’il était dans le passé, reste très largement la règle dans l’archipel. Shinzo Abe entend contourner l’obstacle en encourageant les initiatives privées. Mais cela suppose des facilitations de crédit que les banques ne sont pas prêtes à accorder. Et cela ne règle pas les questions de garde d’enfants.
Aussi le gouvernement voudrait-il généraliser l’idée des emplois à domicile, aussi bien pour les enfants que pour les personnes âgées, de manière à libérer du temps pour les femmes. Il souhaite même en faire un véritable marché, avec des règles établies. Pour le moment, le Japon est loin du compte. C’est le règne de la débrouille qui prime. Et, de plus, la taille des appartements, minuscules dans les grandes villes comme Tokyo ou Osaka, ne permet souvent pas une aide à domicile.

Mariage en solo

Autre piste envisagée, la possibilité d’étendre plus facilement pour les hommes le choix du congé parental. En Occident, l’idée a déjà du mal à s’imposer. Mais au Japon, où l’homme est roi, elle a fort peu de chances de passer. Le week-end, le col blanc ne reste même pas chez lui. Il va jouer au golf avec son patron. Même sa femme ne comprendrait pas qu’il ne le fasse pas, étiquette oblige. Y sont-elles prêtes, d’ailleurs, ces femmes à prendre le pouvoir? Sur les cinq ministres féminins nommés par le gouvernement, deux ont dû démissionner. Certains se sont empressés d’en faire des gorges chaudes.
Et la dernière mode au Japon, c’est le mariage en solo. Une agence de Kyoto, Cera Travel, leur propose une séance de mariage pour elles seules. Pas besoin de fiancé, où si l’on en veut un elle fournit un figurant. Rendez-vous en début d’après-midi pour choisir sa robe, blanche ou traditionnelle japonaise, essayage, maquillage, coiffeur, photos, avant une nuit dans une chambre d’hôtel pour une personne. Pour le dîner, si l’on ne veut pas le prendre seule, on peut louer un partenaire. Mais la location s’arrête là. Et le lendemain matin séances de photos professionnelles dans un jardin en robe de mariée, avant de retourner à la mi journée à l’agence rendre les vêtements et récupérer l’album que l’on pourra montrer à ses amies.
Coût de l’opération, à partir de 300 000 yens (plus de 2 000 euros), mais beaucoup plus avec le dîner, occidental, chinois ou japonais au choix, et le figurant. Folie? Non. Les Japonaises y trouvent un moyen de réaliser un rêve de petite fille. Certaines le font alors même qu’elles ont un fiancé. C’est aussi pour elles une manière de se faire dorloter 24 heures, de rêver et, disent certaines d’entre elles, de vivre un mariage sans avoir à se marier. Mais à ce train, les « Womenomics » ont du souci à se faire.
Arnaud Rodier, novembre 2014