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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LES ÉMEUTES DE HONGKONG FONT LA FORTUNE DE MACAO

 

Les riches chinois du continent qui voulaient profiter de la « golden week » ont pris peur. Ils ont préféré dépenser leur argent dans l’île casino, ou même en Corée du Sud.

 

La « semaine d’or de la fête nationale », baptisée « golden week » du début octobre - il y en a deux avec la fête du printemps - aura eu des relents amers pour Hongkong cette année.
Traditionnellement, des centaines de milliers de chinois profitent de ces sept jours de vacances pour retourner dans leurs familles en province ou, de plus en plus, dépenser leur argent dans les grands hôtels, sur les plages du sud, ou dans les casinos. Les jeux d’argent sont en Chine une institution. Ils commencent par le « majong », dans n’importe quel petit restaurant en fin de repas, pour finir dans les clubs privés les plus sélects de Pékin, de Shanghai ou de Canton où les sommes ne se comptent plus. Hongkong, avec son statut de Région administrative spéciale, ses banques, ses Rolls-Royce et ses palaces, est une destination toute privilégiée pour accueillir les riches Chinois du continent et leurs familles.
Mais cette année, les manifestations pro-démocratiques les ont fait fuir. Hongkong avait vu en 2013 le nombre des touristes venus de la Chine continentale augmenter de 16% pendant la « golden week ». En 2014 la hausse n’aura été que de 5,4%.
Le grand gagnant, c’est la petite île de Macao, à quelques encablures de Hongkong, ancienne colonie portugaise,  qui a vu affluer pas moins de 750 000 Chinois, 17% de plus que l’an dernier, pour se précipiter dans ses hôtels et ses casinos. Et parmi eux, il y avait même des Hongkongais venus se changer les idées et se prouver, l’espace d’une nuit autour d’une table de roulette, que le petit territoire n’allait pas sombrer dans le communisme.
Macao tire quelque 60% de ses revenus des jeux de casino. Mais l’île, qui vivait sur les grandes fortunes, veut aujourd’hui attirer ce que l’on appelle la classe moyenne chinoise haute de gamme. Des gens qui viennent au casino en famille, avec les oncles, les tantes et les enfants. A Singapour, ils s’installent des après-midi entiers autour des tables en fumant cigarette sur cigarette. C’est en effet le seul endroit où, paradoxalement, dans la ville-État où même le chewing-gum est interdit dans le métro, fumer est accepté. Ces classes moyennes haut de gamme dépensent beaucoup d’argent.
Un couple, arrivé de Nankin avec ses deux enfants, rapporte l’agence Bloomberg, a ainsi prévu de dépenser pas moins de 4 900 dollars dans le week-end, casino et hôtel compris, avec en plus l’achat d’une montre.
C’est autant d’argent que n’aura pas Hongkong cette année. Hongkong dont une chaîne de grands magasins de luxe affirme qu’elle a vu son chiffre d’affaires plonger de 50% par rapport à la « golden week » de l’an dernier. « Ce n’est pas étonnant », renchérit un diplomate sud-coréen en poste en Europe. « Nous voyons nous aussi de plus en plus de Chinois venir faire leur shopping chez nous. Ils pensent qu’en matière de produits de luxe il y a désormais trop de contrefaçons, notamment dans les grands magasins et les boutiques duty-free. En Corée du Sud ils n’ont pas ce problème et ne se posent pas la question ».
Macao fait exactement le même calcul. Plus l’image de Hongkong risque de se détériorer, plus l’ancienne colonie portugaise veut se positionner comme une destination touristique privilégiée, pas seulement pour ses casinos, mais aussi pour ses boutiques de luxe, ses restaurants et ses hôtels.Pékin, qui a la haute main politique à la fois sur Hongkong et sur Macao, laisse faire. La Chine calcule que la rivalité entre les deux territoires ne peut finalement que lui rapporter un peu plus d’agent.
Arnaud Rodier, octobre 2014