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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

HONGKONG, POINT LIMITE 2047
 

Les émeutes à Hongkong sont un signe du profond malaise, non seulement des étudiants, mais encore des banquiers et des hommes d'affaires, face à leur avenir. La liberté dount jouit la Région administrative spéciale depuis 1997 n'a qu'une durée de 50 ans. Après, c'est l'inconnu.

 
Non ce n’est pas le titre d’un film de science-fiction. L’année 2047 marquera pour Hongkong le grand saut dans l’inconnu. La formule « un pays, deux systèmes », décidée en 1997 lors de sa rétrocession à la Chine, ne l’a été que pour 50 ans.
À cette date, son statut de Région administrative spéciale, sa constitution, basée sur la loi fondamentale qui lui assure l’indépendance économique et un système légal et judiciaire distinct de celui de Pékin, pourront être théoriquement effacés d’un coup de gomme.
Les centaines de milliers de manifestants qui réclament davantage de libertés politiques et des vraies élections au suffrage universel en 2017, sans devoir passer par une sélection de candidats approuvés par Pékin, sont un signe du profond malaise des Hongkongais, non seulement étudiants, mais encore banquiers et hommes d’affaires, face à leur avenir. Ils sont aussi le grain de sable qui risque de gripper toute la machine.
Hongkong et la Chine continentale sont pieds et poings liés. La Région administrative spéciale est la principale source des investissements sur le continent. Fin 2013, ils représentaient 664,6 milliards de dollars, soit 47,7% du total de investissements étrangers en Chine. Et à l’inverse, Pékin est le premier investisseur à Hongkong, avec 457 milliards de dollars fin 2012, soit 37% du total des fonds engagés sur place. La Chine se place ainsi juste devant les Etats-Unis et derrière la Russie.
Elle est aussi son principal partenaire commercial derrière les Américains avec des échanges bilatéraux totalisant 401 milliards de dollars fin 2013. Pékin assure 47,8% des importations de Hongkong et représente pas moins de 54,8% de ses exportations.
À la bourse, plus de 800 sociétés chinoises sont inscrites. Toutes les grandes banques sont présentes sur place, la Banque de Chine, la Banque industrielle et commerciale, la Banque de l’agriculture, la China construction bank… Et Hongkong, même si elle ne l’est plus autant qu’avant, reste un tête de pont pour travailler sur le continent. Sur les quelque 4 000 entreprises étrangères qui y ont installé un siège social, 80% opèrent en Chine.

Xi Jinping au pied du mur

Hongkong et la Chine ont signé en 2003 un accord de coopération, baptisé « Closer economic partnership arrangement » (CEPA), renforcé en août 2013, qui libéralise très largement les taxes sur leurs échanges commerciaux. Un immense pont entre Hongkong, Zhuhai et Macao est en construction. Il devrait voir le jour en 2016 et permettre d’ancrer un peu plus la Région administrative spéciale dans le Delta de la Rivière des perles, région du sud de la Chine en pleine expansion.
Hongkong s’affirme de son côté de jour en jour comme la plateforme de l’internationalisation de la monnaie chinoise, le renminbi, également appelé yuan. Fin mai 2014, les échanges dans cette monnaie effectués sur place avaient explosé de 46% par rapport à la même période de 2013. Le yuan est aujourd’hui la septième monnaie de paiement la plus utilisée dans le monde et la neuvième la plus négociée. Depuis le 29 septembre, le Foreign Exchange Trade System (CFETS) autorise d’ailleurs les échanges directs entre le yuan et l’euro, sans passer par le dollar.
Cerise sur le gâteau, le projet du « Shanghai-Hongkong Stock Connect » va débuter ce mois-ci. En rapprochant les deux places financières, il va permettre aux investisseurs du monde entier d’avoir accès indifféremment aux deux grandes bourses qui concurrencent de plus en plus Londres et New-York.
Aujourd’hui la question est claire à défaut d’être simple. Les décisions politiques de Pékin vont-elles mettre en danger la stabilité économique de Hongkong? Et mettre à mal la confiance des investisseurs étrangers.
Il est clair que la liberté dont dispose la Région administrative spéciale est le meilleur garant de son succès économique. Il est évident aussi que la Chine, régime communiste, a besoin de cette enclave capitaliste pour mieux s’ouvrir à l’économie de marché.
Le président chinois Xi Jinping est au pied du mur. S’il exacerbe un sentiment anti-chinois à Hongkong, il fait peur aux investisseurs. S’il fait des concessions, il apparaîtra trop faible chez lui. Mais une chose est sûre. Si Hongkong doit un jour devenir une ville chinoise comme les autres, elle fera fuir toutes les institutions financières étrangères qui ont fait sa fortune.
Arnaud Rodier, octobre 2014