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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE COQ MONTE SUR SES ERGOTS

 

L'année du Coq est une mauvaise année sur le plan économique. Mais elle sera aussi marquée par le retour à l'ordre et le respect de l'autorité.

 

Le nouvel an chinois, ou nouvel an lunaire, appelé en Chine festival du printemps (chun jie), commence en 2017 le 28 janvier. Il est placé sous le signe du Coq de feu.
A Pékin, à Shanghai, à Canton, mais aussi au Vietnam, en Thaïlande, en Malaisie, à Hongkong, et même à New-York, à Londres et à Paris, le dîner du 27 janvier commence tôt. A 18 ou 19 heures. Tous les plats sont déjà disposés sur la table avec le vin et l'alcool. Mais ce n'est qu'à minuit que l'on mange les raviolis, symboles de prospérité parce qu'ils ressemblent à de petits lingots d'or. Autrefois la maîtresse de maison mettait dans certains d'entre eux une pièce de monnaie qui assurait à celui ou à celle qui la trouvait de la chance toute l'année.
L'année du Coq est une mauvaise année sur le plan économique. Elle rime avec une conjoncture difficile, des crises, de l'argent rare et des politiques d'austérité. Frais généraux, frais de relations publiques, frais de représentation, qui donnent lieu à de nombreux abus dans les entreprises et dans la fonction publique, devront faire l'objet d'une surveillance particulièrement sévère, prédisent les horoscopes.
Cela tombe bien puisque c'est exactement ce que prône en Chine la politique du président Xi Jinping.
Xi Jinping contre Trump
Mais l'année du Coq sera aussi marquée par le retour à l'ordre et le respect de l'autorité.
Au moment où aux États-Unis Donald Trump multiplie les déclarations musclées contre Pékin, qu'il accuse de vouloir contrôler la mer de Chine, et met au banc des accusés les entreprises américaines qui produisent en Chine, la prophétie ne manque pas de sel.
La décision du milliardaire américain de sortir son pays du Traité transpacifique de libre-échange (TPP, avec l'Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam) n'est-elle pas d'ailleurs d'ores et déjà un cadeau à la Chine qui va pouvoir, forte de son poids, accélérer la mise en place de son Partenariat économique intégral régional (RCEP), qui associe les dix pays membres de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) ainsi que le Japon, l'Australie, l'Inde, la Corée du Sud et la Nouvelle-Zélande?
L'année du Coq ne se présente pas trop mal pour Xi Jinping.
Le jour du gendre et de la souris
Le 28 janvier au matin, jour de l'an, traditionnellement l'aîné de la famille se charge de réveiller ceux qui dorment avec des pétards. Ils symbolisent les bambous que les voyageurs, dans le temps, brûlaient dans la montagne pour qu'ils crépitent et éloignent les mauvais esprits. Puis les enfants viennent s'agenouiller devant les parents pour leur présenter leurs voeux. Ils reçoivent en échange une enveloppe rouge (hong bao) qui contient de l'argent.
L'après-midi se passe à visiter les amis. C'est le "zuo ke". On échange des cadeaux et des voeux de bonheur, on offre des sucreries et des clémentines aux enfants. Le lendemain est le "jour du gendre". Il est consacré aux beaux-parents à qui l'on apporte du vin, de l'alcool de riz, des gâteaux, des fruits. L troisième jour est celui de la "souris". La famille dépose un peu de nourriture aux quatre coins de la maison en souvenir d'une immortelle qui, dans la légende, aurait laissé des traces de pattes de souris sur des raviolis avant de disparaître.
En ville, la fête dure une semaine. C'est ce que les entreprises accordent en général comme vacances à leurs employés. Mais ailleurs, les réjouissances durent jusqu'à la fête des lanternes (yuan xiao), le quinzième jour du mois lunaire qui correspond à la première nuit de pleine lune.
Ruée sur les transports
Partout en Chine, c'est la ruée sur les transports. Trains, avions, autocars sont pris d'assaut. De Harbin à Canton, tout le monde retourne théoriquement dans sa ville ou son village d'origine.
Les chemins de fers chinois attendent cette année pas moins de 356 millions de passagers. Plus de 58,3 millions de personnes vont prendre l'avion, soit 10% de plus que l'an dernier. Les compagnies aériennes réalisent 20% de leurs bénéfices annuels durant cette période. Au total, 2,8 milliards de voyages seront effectués pour le nouvel an, 2,2% de plus qu'en 2016 pour une distance moyenne de 440 kilomètres par personne, selon le ministère des Transports.
Mais en Chine aussi les traditions se perdent. Les jeunes se détournent aujourd'hui de la famille et lui préfèrent le tourisme. Leurs destinations préférées? L'ile de Hainan, au sud, la région de Xiamen et celle de Kunming réputée pour son climat particulièrement doux. "Le nouvel an, c'est toujours la même vieille chose dans la famille, je ne pense pas qu'en étant absent je casserai l'ambiance", résume un jeune Pékinois interrogé par l'agence de presse Bloomberg.
L'étranger pour faire du shopping
C'est évidemment l'une des conséquences de la politique chinoise de l'enfant unique, qui fait que les familles rétrécissent au fil des ans et que l'individualisme prend le dessus. Un individualisme renforcé par la hausse du pouvoir d'achat qui a augmenté de 165% entre 2006 et 2015, à plus de 4 500 dollars par an selon le Bureau des statistiques chinoises.
Un individualisme qui pousse aussi les Chinois à partir à l'étranger fêter le nouvel an. Ils veulent désormais Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, le Japon, autant de destinations pour mieux se détendre et faire du shopping.
China Southern Airlines, qui augmente de 3 600 vols ses destinations pendant le festival du printemps, les étend cette année à l'Australie et à La Nouvelle-Zélande. Xiamen Airlines ajoute 100 vols vers l'Asie du Sud-Est, notamment vers Bali et les Maldives. China Eastern en propose 400 de plus vers Okinawa, au Japon, Bangkok et Chiang Mai, en Thaïlande, et Cebu aux Philippines. Et les prix s'envolent. A moins de 50 jours avant le départ, impossible de trouver un billet à tarif réduit. Tout est au prix fort. Et malgré celà, les Chinois vont passer en moyenne 9,2 jours dans 174 destinations à l'étranger pour ce nouvel an.
Étonnant? Pas vraiment. L'Organisation mondiale du tourisme le rappelle: il ne faut pas oublier que la Chine est aujourd'hui le premier client du secteur sur le globe, avec 128 millions de touristes en 2015 qui ont dépensé 292 milliards de dollars.
Bonne année du Coq!
 
 
Arnaud Rodier, janvier-février 2017