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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE TERRORISME S'INVITE À L'APEC ET À L'ASEAN

 

Quatre sommets en une semaine, à Antalya, à Manille et à Kuala Lumpur. Orientés sur l'économie, ils sont tous écrasés par le terrorisme et les attentats meurtriers de Paris

 

Antalya en Turquie pour le G20 (les vingt pays les plus riches du onde), Manille aux Philippines pour l'Apec (Forum de coopération pour l'Asie-Pacifique), Kuala Lumpur en Malaisie pour le sommet de l'Asean +3 (Association des nations de l'Asie du Sud-Est, plus la Chine, la Crée du Sud et le Japon) et pour l'EAS (sommet de l'Asie orientale), partout le terrorisme des radicaux islamistes s'est imposé en moins d'une semaine.
Ces sommets marathon auxquels participent notamment Barack Obama et Xi Jinping, les dirigeants des deux premières puissances mondiales, devaient se focaliser sur l'économie. "Mais les gouvernements des pays de l'Asie du Sud-Est doivent maintenant profondément réfléchir à ce qui s'est passé à Paris et comprendre qu'il existe aussi un terrain pour une nouvelle menace" dans la région, affirme Rohan Gunaratna, directeur du Centre international de recherches sur la violence et le terrorisme à Singapour.
Les attentats du 13 janvier, qui ont fait 130 morts à Paris ont secoué les dirigeants du monde entier. Ceux qui se revendiquent d'un pseudo État islamique  sont "la face du diable", a dénoncé Barack Obama à Manille. Et si les attentats terroristes en Asie du Sud-Est, une partie du monde où vivent 15% des 1,6 milliard de musulmans dans le monde, ont beaucoup diminué ces dix dernières année, les menaces demeurent fortes.
Les récents coups de force des djihadistes en France, en Turquie, en Egypte, à Beyrouth, au Maroc, la prise d'otages et la fusillade de Bamako, au Mali,  pourraient raviver les humeurs belliqueuses de groupuscules comme le Jamaah Islamiya, responsable en Indonésie des explosions de Bali en 2002, ou celles des minorités radicales du sud de la Thaïlande ou des Philippines.
Philippines qui sont depuis 10 ans aux prises avec les rebelles de Mindanao et qui ont pris des mesures exceptionnelles de sécurité pour le sommet de Manille en décuplant les forces de l'ordre dans les rues et en multipliant les barrages dans la capitale.
Faire bloc contre la guerre
Le ministre de la Défense de la Malaisie, Hishammudin Hussein, reconnaît que les tensions sont plus fortes que jamais avec l'État islamique et le chef de l'anti-terrorisme vient d'arrêter plusieurs militants soupçonnés de vouloir kidnapper des membres du gouvernement. Et en Corée du Sud l'Agence nationale de la police a arrêté un Indonésien en situation irrégulière lié à un groupe terroriste dans la province de Chungcheong du Sud, en possession d'armes de guerre et soutenant le Front al-Nosra, dont il faisait l'apologie sur les réseaux sociaux. Séoul, du coup, élargit son enquête à d'autre sympathisants du terrorisme.
Le président indonésien Joko Widodo, dont le pays compte le plus grand nombre de Musulmans dans le monde, appelle la communauté internationale à faire bloc dans la guerre contre le terrorisme. Et tous les leaders présents au G20 d'Antalya ont reconnu qu'une meilleure coordination et un plus grand partage des information étaient nécessaires.
C'est loin d'être évident dans cette partie du monde où des milliers de demandeurs d'asile et de migrants, originaires de Birmanie et du Bangladesh risquent tous les jours leur sécurité et leur vie en mer, souligne Amnesty International. Et l'organisation de réclamer en particulier  que l'Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande mettent en place des système efficaces pour que ces migrants ne soient pas renvoyés dans des pays où ils risquent d'être torturés.
Une partie du monde où la liberté d'expression est également trop souvent bafouée.
En Malaisie, des personnalité politiques d'opposition sont emprisonnées. En Birmanie, malgré les récentes élections, les opposants sont toujours aussi nombreux à être arrêtés et emprisonnés. En Thaïlande, la répression et la censure s'intensifient et le nombre des prisonniers d'opinion ne cesse d'augmenter.
Au Vietnam tout militantisme est réprimé. En Indonésie, plus de 260 militants papous défenseurs de l'indépendance de la Papouasie et des Moluques ont été envoyés en mai dernier derrière les barreaux.
Rivalités économiques et tensions militaires
Les 21 pays de l'Apec, parmi lesquels la Chine, la Russie, les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Corée du Sud et les dix membres de l'Asean, représentent 2,8 milliards d'habitants et pèsent 60% du PIB (produit intérieur brut) mondial ay 47% du commerce de la planète. L'Asean seule couvre une population de 600 millions d'habitants et affiche un PIB de 3 000 milliards de dollars. Aujourd'hui 7e économie mondiale, elle devrait devenir la 4e en 2050.
La Communauté de l'Asean (CEA), qui va voir le jour à la fin de cette année, va harmoniser les règles, les procédures et les normes dans l'ensemble de la région. Elle va entraîner par exemple une croissance supplémentaire de 14,5% du PIB du Vietnam et une augmentation de 10,5% de l'emploi dans le pays. Mais elle pose aussi des défis, notamment en matière de compétitivité.
Les hommes d'affaires ne s'y trompent pas. Selon une étude de PwC, seulement 28% des patrons opérant en Asie se disent "très confiants" pour les 12 prochains mois, contre 46% il y a un an. Ils redoutent un atterrissage brutal de la Chine. Ils anticipent aussi les difficultés de la région toute entière. Et, de fait, la croissance de la région ne devrait pas rebondir à 3,4% avant 2016, contre 3,1% cette année. Quant au commerce, il n'atteindrait en 2016 qu'une progression de 3,3%, soit 1 point de moins qu'en 2014.
La guerre des accords de libre-échange soulève de surcroît des rivalités économiques à l'issue incertaine. Le Partenariat Trans-Pacifique (TPP), soutenu par Washington, mais dont la Chine est exclue, s'oppose à la Zone de libre-échange de l'Asie-Pacifique (FTAAP) défendue par Pékin, et naturellement sans les États-Unis.
Cet bras de fer économique sino-américaine, qui se double de tensions militaires autour des contentieux maritimes en mer de Chine méridionale, n'a qu'un but: qui dirigera le monde demain?
 
Arnaud Rodier, novembre 2015