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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CIRCULEZ, IL N'Y A RIEN A VOIR !

 

Une minuscule rue du V ème arrondissement de Paris. Une grève des éboueurs. Que les Arabes et les Chinois paient!

 

Une petite rue dans le V ème arrondissement de Paris. En forme d'entonnoir entre le boulevard Saint-Germain et la Seine.
Les éboueurs du quartier sont en grève depuis quatre jours. Les poubelles débordent, les cartons et les cageots s'entassent.
A droite, une boulangerie rattachée à une chaîne mais qui voudrait faire croire qu'elle est artisanale, et un bar à vin.
A gauche, un restaurant chinois vieux d'un demi-siècle, dont les initiés se repassent l'adresse sous le manteau, et un couscous où un ancien président de la République avait ses habitudes.
A droite, pas une poubelle. A gauche c'est la jungle. A peine si un piéton peut passer entre les immondices.
Le restaurant chinois a déjà écopé d'une amende parce qu'il y avait trop de poubelles devant chez lui. Normal. Chaque jour la boulangerie et le bar à vin y mettent leurs propres détritus.
Ni le patron du restaurant chinois, ni celui du couscous ne parlent très bien le français.
L'employée de la boulangerie, en jean et tee-shirt, sort s'asseoir sur le pas de sa porte pour fumer une cigarette.
Les deux hommes s'approchent et tentent de lui expliquer que chaque côté de cette petite rue pourrait peut-être faire un effort pour lutter contre la grève des éboueurs. Se serrer les coudes.
Sans lever les yeux de son portable, l'employée de la boulangerie crie "dans ce cas nous aussi on aura une amende". Avant d'écraser rageusement sa cigarette sur le trottoir (68 euros !) et de claquer sa porte.
Que les Arabes et les Chinois paient! Voila le V ème arrondissement de Paris aujourd'hui. Un quartier que j'ai habité 27 ans. Et que tout à coup je ne regrette pas d'avoir quitté.
 
Arnaud Rodier, octobre 2015