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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

ADIEU JEAN

 

Jean Miot, ancien patron du Figaro et de l'Agence France Presse est décédé dans la nuit du 17 au 18 avril 2017.

 

"Tu me les fais tes notes de frais?"
On était en juin, j'avais six mois de retard.
"Tu me les fais quand ces notes de frais?"
Nous étions début octobre. J'étais dans son bureau. Il avait sorti une bouteille de whisky de son tiroir et nous avait servi deux verres. J'avais neuf mois de retard.
Et puis arrive la fin décembre, et sur ma feuille de paie pas de treizième mois. Je me précipite deux étages au-dessus de la rédaction, mais Jean Miot est en vacances aux Antilles. "Injoignable", me dit son assistante.
A peine rentré, début janvier, je grimpe en courant les escaliers. Jean m'attend, souriant, confortablement installé dans son fauteuil. "Et maintenant, tu me les fais tes notes de frais? Tu me les apportes demain et tout s'arrangera".
Un an de notes de frais à faire en une nuit... Des centaines de bouts de papiers à retrouver, dont certains pas plus gros que des timbres poste. Invitations à Paris, en province, reportages en Chine, en Corée du Sud, au Vietnam. Autant de justificatifs étalés sur la table à remettre en ordre, et, je dois l'avouer, pas mal de faux plutôt mal ficelés donnés en catastrophe par un confrère du Figaro, ami compatissant.
Je n'ai pas dormi. Mais au matin tout était prêt.
Quand j'ai tendu ma grosse enveloppe à Jean, redoutant qu'il se mette à l'éplucher, il ne l'a même pas regardée. "Et bien, tu vois que tu pouvais y arriver. J'appelle la comptabilité, et que ça te serve de leçon".
C'est un peu plus tard que j'ai appris que nous étions voisins. Je le rencontrais, le samedi matin, sur le marché de la place Maubert.
Nous nous étions promis un dîner en tête à tête, avec nos femmes respectives, au "Pays du Sourire", rue de Bièvre.
Nous ne l'avons jamais fait.
 
 
Arnaud Rodier, avril 2017