Restons connectés

 

L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE PETIT LIVRE DES 135 CITATIONS DU PRÉSIDENT XI JINPING

 

La Chine ramène sa croissance à 7% en 2015. Elle promet de s'appuyer davantage sur le secteur privé et va lever la moitié des restrictions qui pèsent sur les investissements étrangers.

 

Il y avait le petit livre rouge du président Mao. Il faudra désormais compter avec le livre des 135 histoires du président Xi Jinping. Un recueil de citations issues des discours et des écrits du chef de l'Etat, très opportunément publié par le directeur du Quotidien du Peuple, le journal du Parti communiste, à la veille de l'ouverture, le 5 mars, de la 3e session de la 12e Assemblée populaire nationale sur la place Tiananmen à Pékin.
Cette année plus d'un tiers des premières fortunes de Chine siègent au Parlement. Pas moins de 36 patrons qui pèsent ensemble 190 milliards de dollars (173,2 milliards d'euros). C'est le fruit de la théorie des "trois représentations", lancée par Jiang Zemin en 2001. Désormais les hommes d'affaires ont leur place à part entière au sein des instances dirigeantes du parti. Au même titre que les ouvriers et l'armée.
Et c'est bien évidemment en pensant à eux que le Premier ministre Li Keqiang s'en est ouvertement pris à l'administration dans le grand Palais du Peuple. "Une minorité de fonctionnaires n'en fait qu'à sa tête. Il existe des formes de corruption choquantes. Certains fonctionnaires font de la figuration. Ils occupent des postes tout en se tournant les pouces ou en refusant de faire leur devoir", a-t-il dénoncé. Les "camarades députés" n'ont pas bronché. Les chefs d'entreprise, eux, ont bu du petit lait.
La charge n'est pas fortuite. Il s'agit pour le gouvernement chinois de faire le ménage dans l'administration pour laisser plus de place à l'initiative privée et, surtout, d'imposer l'idée d'une  "nouvelle normalité" du développement économique du pays.
Une formule choc, une phrase toute faite, comme les aiment les Chinois, qui vise à faire avaler la baisse d'objectif de croissance du PIB (produit intérieur brut) à 7% en 2015, contre 7,4% en 2014, un chiffre qui était déjà le plus faible enregistré depuis 1990. Mais un peu partout les entreprises manufacturières en surcapacité baissent leurs effectifs, quand elle ne ferment pas purement et simplement des unités de production. Le marché de l'immobilier tourne au ralenti. La banque centrale a dû, fin février, baisser encore ses taux pour redonner des liquidités au marché.
Cela n'empêche pas Xi Jinping de vouloir poursuivre sa stratégie des "quatre objectifs globaux", à savoir "la construction d'une société modérément prospère, l'approfondissement de la réforme, la promotion de l'État de droit et le renforcement strict de la discipline du Parti communiste". Et le premier ministre de promettre pour 2015 une hausse du commerce extérieur chinois de 6% "environ", contre 2,4% en 2014, la création de "10 millions d'emplois urbains", le tout en maintenant une "politique budgétaire de relance et une politique monétaire prudente". Le déficit budgétaire ne devra pas dépasser 2,3% du PIB, contre 2,1% l'an dernier.
Coup de pouce aux étrangers qui se plaignent des difficultés qu'ils rencontrent sur place, en même temps que le gouvernement promet d'assouplir l'accès au marché pour les investisseurs privés et de "moins intervenir", il va "réduire de moitié les restrictions sur les investissements étrangers". Il ne dit pas comment, mais le cabinet Londonien Capital Economics juge que les grandes lignes du budget chinois "vont dans la bonne direction dans le sens des réformes et d'un rééquilibrage" économique.
La "société de la moyenne aisance"
Oublié le grand bond en avant, finie la croissance à deux chiffres, la Chine parle aujourd'hui de l'"édification de la société de la moyenne aisance". Mais elle n'est pas gagnée. Le pays compte plus de 1,3 milliard d'habitants, dont 900 actifs, et plus il avance, plus les inégalités se creusent. Les Chinois sont certes tous beaucoup plus riches qu'il y a 20 ans. Mais les très riches le sont de plus en plus et les classes moyennes et ouvrières s'appauvrissent. De même les régions ne sont pas logées à la même enseigne. Pékin, Canton, Shanghai, sont aux antipodes du Xinjiang et les fameuses "zones pilotes de réforme rurale" peinent à se mettre en place.
Li Keqiang assure que 7,4 millions de logements sociaux vont être mis en chantier en 2015, 1,1 million de plus qu'en 2014, et qu'il aidera "coûte que coûte plus de 10 millions d'habitants supplémentaires à sortir de la pauvreté cette année". Il voudrait parvenir à domicilier en ville "environ 100 millions de migrants d'origine rurale" et souhaite assouplir le système de "hukou", le permis qui les autorise à rester tout en profitant des écoles et des prestations sociales. Il veut aussi relever les minimums vieillesse et l'assurance maladie dans un pays où le principe des "quatre générations sous un même toît" n'existe pratiquement plus.
"Notre peuple est travailleur et ingénieux, et doué d'une inventivité sans limite. Dès lors que les myriades de cellules qui composent le marché réussisent à s'activer, il ne peut en résulter qu'un formidable dégagement d'énergie qui propulsera en avant le développement économique", assure le Premier Ministre. Mais encore faudrait-il que l'éducation suive. Elle est, elle aussi, très inégalitaire en Chine. Il n'y par exemple presque pas d'enseignement supérieur dans les régions du centre et de l'ouest du pays. Pourtant Li Keqiang continue d'affirmer: "portons bien haut l'étendard du socialisme à la chinoise" afin de réussir notre "rêve du grand renouveau de la nation".
Ce pourrait être la 136e citation du président Xi Jinping!
 
Arnaud Rodier, mars 2015

 

 

 

 

 

 

Diplomatie : les derniers articles