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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

EXIT LES BRICS, VIVE LES PPICS
 

Les économistes aiment les acronymes. Philippines, Pérou, Indonésie, Colombie, Sri Lanka, ce sont les nouvelles vedettes de demain.

 
L'économie chinoise ralentit. L'assureur crédit Coface place Pékin sous "surveillance négative" et prévoit de plus en plus de difficultés de paiement pour les entreprises en 2015. Il revoit également à la baisse ses évaluations sur le Brésil et sur l'Inde. Il est vrai que le Brésil et la Russie connaissent à nouveau des difficultés financières. Exit les Brics, acronyme anglais qui désigne le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Et vive les PPICS, une nouvelle appellation vieille d'un peu plus d'un an, qui réunissent les Philippines, le Pérou, l'Indonésie, la Colombie et le Sri Lanka.
Les Philippines, c'est vrai, son en train de rebondir. Manille a enregistré l'an dernier une croissance de 6,1%, l'une des plus fortes des pays d'Asie. Ses exportations, soutenues par la reprise des États-Unis, son second marché étranger après le Japon, ont explosé de 15,5% au quatrième trimestre de l'an denier. Les investissements repartent, stimulés par les dépenses du gouvernement, en hausse de 9,8%. Le pays attire de plus en plus les investisseurs étrangers qui cherchent, en particulier dans l'industrie, des coûts de main d'œuvre plus intéressants que ceux de la Chine aujourd'hui. La consommation des ménages reste forte, encouragée notamment par la baisse ded prix du pétrole. Autant de raisons qui font que le cabinet d'analyse économique britannique Capital Economics prévoit un croisssance des Philippines de 6,5% en 2015 et considère le pays comme étant particulièrement solide.
L'Indonésie, quatrième pays le plus peuplé du monde, et premier pays musulman, n'a rien à lui envier. Le nouveau président Joko Widodo, également connu sous le nom de Jokowi, vient de fêter ses 100 premiers jours à la tête de l'Etat. L'ancien maire de la capitale, Jakarta, a osé s'attaquer à un tabou en supprimant les subventions massives sur le carburant. La mesure était impopulaire. Mais elle est passée beaucoup plus facilement qu'on pouvait le croire. Dans un premier temps, elle va pénaliser les consommateurs et risque de peser un certain temps sur la croissance du PIB (produit intérieur brut) du pays. Mais à plus long terme, elle devrait permettre au gouvernement de stabiliser l'inflation.
Le Vietnam en embuscade
Surtout, Jokowi entend utiliser l'argent mis de côté de cette manière pour le réinjecter dans des grands travaux. Les dépenses de l'État pourraient doubler en 2015 pour mieux soutenir les entreprises. Du coup, Capital Economics maintient sa prévision de croisssance de 5% pour cette année. Mais le cabinet prévient que des difficultés attendent le président. Il n'a pas la majorité au Parlement. Il doit donc chaque fois composer avec l'opposition. "Jusqu'à présent il a eu un soutien meilleur que prévu", note Capital Economics. Mais rien ne dit qu'il pourra le conserver quand il entrera dans le dur des réformes, avec la refonte des lois dans l'industrie manufacturière et de nouveaux textes sur la législation du travail, beaucoup moins protecteurs pour les ouvriers.
 Indonésie, Philippines, Sri Lanka, où la croissance, même si elle est partie de loin, est remarquablement stable, on pourrait rajouter le Vietnam dans la liste des gagnants du début d'année. La Coface le met désormais sous "surveillance positive" et souligne qu'il a réussi à "stabiliser son taux de change, monter en gamme, comme en témoigne le dynamisme de ses exportations de produits électroniques, et attirer des investissements étrangers". Au premier rang desquels figurent à présent les Chinois, le Coréens et les Japonais.
Dans ces pays, partout l'économie s'accélère, les produits s'améliorent, tandis que les salaires restent très compétitifs pour les étrangers. Partout les chiffres de croisssance dépassent très largement la moyenne de l'économie mondiale, dont le PIB ne devrait pas augmenter de plus de 3,1% selon l'assureur conseil.
Reste à espérer que ces PPICS ne seront pas une simple mode, ou une tocade de plus des économistes qui adorent ranger dans des tiroirs les grandes tendances de la marche du monde.
 
Arnaud Rodier, janvier 2015

 

 

 

 

 

 

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