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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

FAUT-IL AVOIR PEUR DU RALENTISSEMENT DE LA CHINE?
 

La croissance chinoise est la plus faible jamais enregistrée depuis 1990. Mais Pékin veut rendre "plus durable" son modèle économique.

 

La Chine a vu "tomber" sa croissance économique à 7,4% en 2014, contre 7,7% en 2013. C'est sa plus faible progression depuis 1990, l'année qui a suivi la répression sanglante de Tienanmen. Elle ferait rêver n'importe quel pays occidental, mais elle inquiète Paul Krugman, le prix Nobel d'économie 2008. Invité au forum de Davos, il pointe du doigt "l'ampleur des transformations" qui attendent le pays. A ses yeux, la situation n'est "durable" que "tant que la croisssance se situe à 9%".
Pékin s'était fixé pour objectif une hausse du PIB (produit intérieur brut) d'"environ 7,5%" pour l'an dernier. Mais trois problèmes l'ont empêché de réussir. Les exportations ont été plombées par la crise internationale, la consommation des ménages n'est pas repartie comme prévu et le marché de l'immobilier menace d'imploser.
Il est bien fini le temps où la Chine pouvait afficher une croissance à deux chiffres, avec un sommet atteint en 2007 à 14,2%. Mais le pays a changé. Il n'est plus l'atelier du monde où les investisseurs étrangers s'installaient pour fabiquer à bas prix. La production industrielle, qui étaient encore en hausse de 9% en 2013 a ralenti a 8,3% en 2014. En témoigne notamment la consommation d'électricité qui, après un bond de 7,5% il y a deux ans, n'a augmenté que de 3,8% l'an dernier.
La Chine n'est plus non plus celle des milliardaires rouges, même s'ils sont encore nombreux à parader sur la petite île chic de Hainan, au sud du pays. L'immobilier qui les a aidés à faire fortune s'effondre. Le prix moyen des appartement a reculé de 4,3% l'an denier. Trop de villes ont trop largement anticipé la future demande de logements. Ils leurs restent sur les bras. Le gouvernement a dû imposer des restrictions aux achats multiples pour éviter une bulle spéculative. Il faudra maintenant beaucoup de temps pour absorber les surcapacités. D'ailleurs les investissements dans les infrastructures n'ont augmenté que de 15,7% en 2014, contre 19,6% en 2013.
Juste équilibre
La Chine, aujourd'hui, aspire à devenir "normale". Faire moins vite, mais mieux, tel est le nouveau slogan du parti communiste. Ce qui compte, c'est "l'amélioration qualitative", martèle le gouvernement, et non plus la course à la quantité.
Elle en a les moyens. A quelque 63 646 milliards de yuans, soit 8 838 milliards d'euros, ou 10 233 milliards de dollars, son PIB rejoint désormais celui des États-Unis et la deuxième économie mondiale est entrée dans le club des pays qui dépassent les 10 000 milliards de dollars. Mieux, son produit intérieur brut, ajusté au pouvoir d'achat, a dépassé désormais celui des Américains, selon le FMI (Fonds monétaire international).
L'opinion publique à présent ne veut plus entendre parler de "grand bond en avant", mais demande de la stabilité. C'est nouveau. Elle pense pouvoir d'achat.  La progression de 11,9% en un an des ventes au détail montre que la consommation des ménages tend à se consolider. La pays a connu en 2014 un taux record de créations d'emplois dans les zones urbaines. "La hausse des salaires, conjuguée avec la baisse des prix du pétrole supporte la consommation qui a représenté 60% de la croissance au dernier trimestre", souligne Julian Evans-Pritchard du cabinet Capital Economics.
Et au fur et à mesure que l'industrie lourde et la construction pèsent moins, les services prennent de plus en plus de place. Ce seront eux, demain, les vrais moteurs de la "révolution structurelle" dont parle le gouvernement. Ils sont les premiers outils de "l'équilibre entre croissance et réformes", suivant la formule du Premier ministre Li Keqiang. Et une croissance plus faible est une "bonne nouvelle si elle est plus durable", confirme Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale.
Pour Capital Economics, elle devrait encore tourner autour de 7% cette année. Pour le FMI, cependant, elle ne devrait pas dépasser 6,8% en 2015 et 6,3% en 2016. Des chiffres qui laissent penser que si la Banque Populaire de Chine pourrait encore réduire un peu ses taux d'intérêts, elle ne mettra pas en place de plans de relance massifs. Il faut juste "trouver le juste équilibre entre stabilisation de la croissance et poursuite des ajustements structurels", insiste Li Keqiang.
Aux investisseurs étrangers de s'adapter. La Chine de tous les excès, c'est fini. La nouvelle Chine réclame plus de valeur ajoutée, du savoir faire, et ses consommateurs se veulent responsables.
 
Arnaud Rodier, janvier 2015 
 

 

 

 

 

 

 

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