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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CORÉE DU SUD MET LE CAP SUR L'ASEAN

 

La nouvelle présidente sud-coréenne veut renforcer les liens de la péninsule avec l'Asie du Sud-Est. Pas seulement pour des raisons commerciales. Mais aussi avec l'espoir qu'elle l'aidera à mettre fin au programme nucléaire de la Corée du Nord.

 

Pour se faire une place entre la baleine, la Chine, et le requin, le Japon, le petit poisson qu'est la Corée du Sud parie sur l'Asie du Sud-Est.
La Présidente Park Geun-hye a accueilli en grande pompe les 11 et 12 décembre à Busan, le port au sud du pays les dix chefs d'État de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud Est). Elle regroupe la Birmanie, le Brunei, le Cambodge, l'Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Elle représente le deuxième partenaire commercial de la Corée du Sud, avec un volume d'échanges de 135 milliards de dollars en 2013, et la deuxième destination du pays pour ses investissements étrangers. Les deux parties se sont entendues pour porter leur commerce à 150 milliards en 2015, puis à 200 milliards de dollars en 2020.
Séoul a passé son premier accord de libre-échange avec l'Asean, sur les produits, en 2007, et un second, sur les services et les investissements, en 2009. Mais leurs relations datent de 1989 et le sommet de Busan en marque le 25e anniversaire. Park en espère aujourd'hui davantage d'intégration. Et les chefs d'entreprises sud-coréens réclament en particulier une libéralisation plus large dans les services. Ils jugent ne pas encore pouvoir tirer tout le profit qu'ils attendent de l'ouverture des frontières.
Du coup, la Présidente de la Corée du Sud courtise un par un ses partenaires. Elle a passé, en marge du sommet de Busan, un accord de libre-échange avec le Vietnam. C'est son 9e partenaire commercial, avec un peu plus de 21 milliards de dollars de produits exportés l'an dernier, et 1,4 milliard de dollars d'investissements, ce qui en fait sa quatrième destination. L' accord doit encore être ratifié par les Parlements des deux pays. Park Geun-hye lorgne aussi de très près sur la Malaisie, où elle voudrait se placer sur les grands travaux d'infrastrutures du pays.
La Malaisie projette en effet de construire un train à grande vitesse entre Kuala Lumpur, la capitale, et Singapour, d'une valeur de quelque 13 milliards de dollars, et a décidé de mettre en concurrence de nombreux pays, parmi lesquels la Chine, le Japon, l'Espagne et l'Italie. Séoul souhaite en outre participer à la construction d'une centrale nucléaire et d'un complexe de pétrochimie.
640 millions de consommateurs
Loin de s'arrêter là, la Corée du Sud fait également les yeux doux à la Birmanie à qui elle propose de coopérer dans les domaines de l'industrie, de la santé, des nouvelles technologies et des biotechnologies. Le nouveau gouvernement, qui s'est ouvert à la démocratie en 2011 et poursuit depuis des réformes en profondeur, devient une nouvelle destination privilégiée pour le investisseurs étrangers. Et environ 150 entreprises sud-coréennes y ont déjà dépensé 43,2 milliards de dollars, essentiellement dans la confection et dans le gaz naturel, dont la Birmanie dipose d'une des plus importantes réserve au monde. Enfin, pour faire bonne mesure, madame Park souhaite renforcer ses relations avec l'Indonésie, a qui elle offre de coopérer plus étroitement dans les domaines de l'investissement, de la finance et des infrastructure maritimes.
À plus long terme, la Corée du Sud calcule qu'une véritable "communauté" de l'Asean pourraît être crée dès l'an prochain, qui regrouperait plus de 640 millions de consommateurs et pèserait pas moins de 3 000 milliards de dollars. Un formidable marché à ne pas laisser passer.
Mais, surtout, la Présidente sud-coréenne, compte bien que plus elle renforcera ses liens industriels et commerciaux avec l'Asie du Sud-Est, plus cette dernière l'aidera à mettre fin au programme nucléaire de la Corée du Nord, a défaut de pouvoir encore parler de réunification de la péninsule.
Certes, l'Asean n'est pas directement impliquée dans les pourparlers internationaux pour faire plier Pyongyang, mais plusieurs de ses membres ont des liens diplomatiques avec les deux Corées. Ils peuvent donc peser lourd dans la balance.
Arnaud Rodier, décembre 2014

 

 

 

 

 

 

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