Restons connectés

 

L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE ROULEAU COMPRESSEUR CHINOIS REPART À L'ASSAUT DE L'ASIE DU SUD
 

Le sommet des chefs d'État de l'Association de l'Asie du Sud pour la coopération régionale, compliqué par les tensions entre l'Inde et le Pakistan, est passé totalement inaperçu. Sauf pour la Chine qui rêve de sa nouvelle Route de la Soie.

 
Les tensions entre l'Inde et le Pakistan à propos du Cachemire, où les tirs continuent de part et d'autre de la frontière, le vouaient à l'échec.
Le 18e sommet des chefs d'État de l'Association de l'Asie du Sud pour la coopération régionale (SAARC), qui s'est tenu au Népal les 26 et 27 novembre 2014, est passé totalement inaperçu. Sauf pour la Chine.
Les huits pays membres de l'association, l'Inde, le Pakistan, l'Afghanistan, le Bangladesh, le Boutan, les Maldives, le Népal et le Sri Lanka, ne s'étaient pas réunis depuis novembre 2011. C'est assez dire qu'ils ont du mal à exister. Pourtant ils sont grâce à l'Inde et au Pakistan une véritable puissance économique. À tel point que la SAARC a pour partenaires "observateurs" l'Europe, les États-Unis, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.
À eux seuls, l'Inde et le Pakistan représentent 85% de la population de l'association et 88% de l'économie de la région. Mais, malgré la croissance de 5,3% de l'Inde au troisième trimestre, meilleure que prévue, le manque d'infrastrutures en fait l'une des régions les moins intégrées du monde. Le commerce entre les États membres ne dépasse pas 5% de leur commerce global, alors qu'il atteint 10% pour les dix pays de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est).
Et pourtant, si l'on cumule le PIB (produit intérieur brut) de ces huit pays, ils se classent théoriquement comme la troisième puissance économique mondiale derrière les États-Unis et la Chine. Et ils regroupent un quart de la population mondiale. La Chine ne s'y est pas trompée, qui cherche par tous les moyens à accroître son influence sur cette région.
Les pays de la SAARC voudraient faire tomber les barrières tarifaires dans le doamine sensible des transports. Ils voudraient aussi davantage coopérer en matière d'énergie. Mais ils n'avancent pas.
Le président chinois Xi Jinping l'a bien compris. C'est pourquoi, plutôt que de les brusquer au risque de les vexer, il leur fait miroiter sa toute nouvelle "route maritime de la soie du XXIe siècle". L'aventure sonne comme au temps des empereurs quand la Chine se voulait l'Empire du Milieu.

De vieux amis

En réalité, il s'agit de relier le pays à l'Europe via l'Asie du Sud, l'Océan Indien et l'Afrique. Un tracé qui sur le papier rassemble 3 milliards de personnes! Pékin joue sa route de la soie avec finesse. Il finance ici un port, là un dépot maritime. Cela a déjà fonctionné au Pakistan, aux Maldives, au Sri Lanka et au Bengladesh.
À chaque fois ce sont des investissements de 1 à 2 milliards de dollars. Et l'assurance pour les Chinois d'avoir accès à de nouveaux débouchés commerciaux et aussi à des matières premières bon marché. Xi Jinping appelle désormais son "vieil ami" le président afghan et fait de même avec le chef de l'État du Bangladesh.
Il caresse dans le sens du poil les autorités indiennes pour les rassurer quant à l'exploitation du fleuve Yarlung Zangbo, connu sous le nom de Brahmapoutre en Inde, et l'installation de centrales hydroélectriques qui inquiètent pour l'environnement. Ce fleuve, le plus élevé du monde, avec une altitude moyenne de 4 500 mètres, qui prend sa source dans l'Himalaya, est d'autant plus précieux qu'il est le réservoir d'eau de la région.
Et les Chinois ne s'arrêtent pas là. Ils viennent, pour élargir davantage leur influence, de signer un "partenariat stratégique" avec huit îles du Pacifique, parme lesquelles Fidji, Samoa et la Papouasie-Nouvelle Guinée. À elles aussi, ils vantent les retombées supposées de la fameuse route de la soie du XXIe siècle.
Plus que jamais le président Xi Jinping veut se poser en maître de l'Asie-Pacifique. Ce qui n'est certainement pas une manière d'apaiser les tensions entre la Chine et ses voisins, à commencer par le Japon.
Arnaud Rodier, novembre 2014

 

 

 

 

 

 

Diplomatie : les derniers articles