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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE SOMMET DE L'APEC À PÉKIN, UN COUP D'ÉPÉE DANS L'EAU
 

Faire avancer l'intégration régionale, libéraliser les échanges, mettre fin au protectionnismes, les enjeux sont énormes. Mais ils sont surtout pour la Chine une belle occasion de réaffirmer son pouvoir. 

 
Le Forum de Coopération Économique Asie-Pacifique (Apec), qui s’est ouvert vendredi 7 novembre à Pékin, a les yeux plus grands que le ventre. Xi Jinping, Barack Obama, Vladimir Poutine, Shinzo Abe, tous ont répondu présent. Mais en Asie la Chine, la Corée, le Japon se déchirent autour de petites îles inhabitées. Et l’Europe et les États-Unis sont tétanisés par l’absence de croissance et par le chômage.
Le poids de l’Apec n’est pas à démontrer: 21 pays qui représentent 50% du PIB (produit intérieur brut) mondial, 40% de la population et 44% du commerce international. Et l’enjeu de la réunion est de taille: faire avancer le plus loin possible l’intégration économique régionale, libéraliser au maximum les échanges et mettre fin au protectionnisme. La capitale est sous haute surveillance. Tous ceux qui entrent dans la ville en train ou en autocar sont contrôlés au moins trois fois. Pékin a mis ses usines en sommeil jusqu’au 11 novembre sur 200 kilomètres à la ronde.
Les camions trop polluants sont interdits et la circulation des véhicules particuliers est alternée un jour sur deux. Les employés des services publics ont tous six jours de congé forcé qu’ils devront rattraper sur des week-ends. C’est pour le Président Xi Jinping son premier grand rendez-vous international depuis qu’il est au pouvoir. Il ne veut pas le rater. Mais il faut s’attendre à une bataille rangée autour de trois projets d’accords de libre-échange qui s’opposent les uns aux autres. Le Partenariat trans-Pacifique (TPP), défendu par Washington, n’est du goût ni des Chinois ni des Japonais qui y voit la main mise de l’Amérique sur l’Asie.
Les dix membres de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) lui préfèrent, eux, un Partenariat économique régional global (RCEP), qui serait étendu à la Chine, au Japon et à l’Inde. Quant à Pékin, il prône une Zone de libre-échange pour l’Asie-Pacifique (FTAAP), beaucoup plus large, et englobant les deux formules précédentes. Zone sur laquelle il aurait évidemment la haute main.

Convertibilité du yuan

Et la Chine n’entend pas s’arrêter là. Elle veut profiter du sommet de l’Apec pour séduire le plus de pays possible autour la création d’une nouvelle Banque internationale du Développement, qui s’inscrirait en rivale de la toute puissante Banque Mondiale.
Le gouvernement américain voit ce projet d’un très mauvais oeil. Mais quelques « think tank » à Washington pensent qu’il est tout à fait « compréhensible », sinon viable. Une telle banque s’inscrit évidemment dans la volonté des Chinois de faire évoluer leur monnaie, le yuan, également appelé renminbi, vers une vraie convertibilité. La nouvelle zone économique de Shanghai, qui le permet déjà partiellement, est un « terrain d’expérience pour le pays tout entier », affirmait récemment un responsable du gouvernement, allant même jusqu’à dire que cette convertibilité pouvait être possible d’ici trois ans.
Jusqu’à maintenant, les spécialistes ne l’envisageaient pas avant 2020. La Chine devrait aussi proposer à l’Apec d’approuver la mise en place de son réseau de lutte anti corruption. Il répond à la volonté du Parti communiste de nettoyer l’administration dans le pays et de faire la chasse à tous ceux qui ont fui à l’étranger avec de l’argent détourné ou volé. Pékin, en particulier, qui a des accords d’extradition avec 38 pays dans le monde, n’en a pas avec les États-Unis, le Canada et l’Australie. Pour Xi Jinping, ce sommet de l’Apec à Pékin est à l’évidence une nouvelle occasion de renforcer son poids sur la scène internationale. Mais les objectifs de la réunion sont, eux, encore bien très éloignés de la réalité pour ne pas être, au bout du compte, qu’un coup d’épée dans l’eau.
Arnaud Rodier, novembre 2014

 

 

 

 

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