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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

EN CHINE, LE PRÉSIDENT XI JINPING VEUT MARCHER DANS LES PAS DU "GRAND TIMONIER" MAO ZEDONG

 

En prônant l'État de droit, la Chine veut lutter contre la corruption entre les hommes politiques et les entreprises publiques. Elle compte aussi rassurer les investisseurs étrangers. Mais c'est surtout Pékin, et le président Xi Jinping, qui vont en profiter par une recentralisation du pouvoir. 

 

Ce n'est pas par hasard que la quatrième session plénière du 18e Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a choisi de mettre en avant à Pékin, du 20 au 23 octobre, la "promotion de l'État de droit". Une notion plus que floue en Chine. Mais un étendard hautement symbolique pour le président Xi Jinping. Le Parti estime que la situation du pays est dans une "étape critique" et que la Chine "se situe encore dans la phase primaire du socialisme", que le contrôle des institutions nationales doit être renforcé et que la justice doit être "transparente".
Xi Jinping veut en profiter pour imprimer sa marque dans l'histoire, dans la droite ligne de Mao Zedong. Il entend être le "troisième dans la génération des grands leaders", après le "Timonier" et Deng Xiaoping. L'État de droit, c'est pour lui "construire une société prospère dans tous les domaines, rajeunir la nation et améliorer le socialisme à la chinoise". Le slogan claque comme le petit livre rouge.Né en 1953, fils d'un ancien vice-premier ministre de Mao chassé puis réhabilité, Xi Jinping est envoyé dans le Shaanxi comme travailleur. rural pendant la révolution culturelle. Il y restera de 15 ans à 22 ans. La Chine faisait alors le "grand bond en avant".
Aujourd'hui son président n'a pas oublié et lui promet un "grand pas en avant", selon l'expression de l'agence de presse officielle Xinhua. Dommage simplement que Pékin renforce son emprise sur la justice au moment même où à Honkong les manifestants se battent pour justement préserver l'État de doit dans l'ancienne colonie britannique.La croissance de la Chine s'essouffle et la progression de son PIB (produit intérieur brut) est, pour le troisième trimestre, la plus faible enregistrée depuis le début 2009. Mais elle est encore de 7,3%, soit une hausse globale de 7,4% depuis janvier dernier. Sa production industrielle reste en augmentation de 8% pour septembre et de 8,5% pour les neuf premiers mois de l'année. Or elle représente 46% du PIB. Les investissements dans l'immobilier, secteur déclaré sinistré, ont bondi de 12,5% sur les trois premiers trimestres de 2014.

Corruption et fonctionnaires limogés

Les entrepreneurs chinois, poussés par le gouvernement, font du monde entier leur chasse gardée. Hors secteur financier, leurs investissements directs à l'étranger ont augmenté de 21,6% entre janvier et septembre, à 74,9 milliards de dollars, alors que dans le même temps les investissements étrangers en Chine reculaient de 1,4%, à 87,3 milliards de dollars. Deuxième puissance économique du globe, derrière les États-Unis et devant le Japon en terme de PIB, la Chine serait même devenue numéro un si l'on calcule en parités de pouvoir d'achat (PPA), selon le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
Ces entrepreneurs du continent ont tous d'énormes intérêts à Hongkong, place financière internationale au rang de laquelle Shanghai ne peut pas encore prétendre. Et tous s'inquiètent des manifestations qui depuis quatre semaines bloquent les grandes artères, les quartiers d'affaires et les commerces de la Région administrative spéciale. Faute de pouvoir calmer le jeu, le chef de l'exécutif de Hongkong, Leung Chun-ying, tente de les rassurer en affirmant que ce sont des "étrangers", qu'il ne nomme pas, qui sont à l'origine des émeutes. Pékin ne lui emboîte pas le pas, mais le gouvernement chinois soutient Leung ouvertement. L'État de droit revendiqué par le parti communiste se veut une manière de montrer aux investisseurs, qu'ils soient chinois ou étrangers, qu'un vrai système légal doit désormais régner sur l'ensemble du marché chinois. A Pékin, à Shanghai, à Canton, comme à Hongkong.
C'est aussi un moyen de lutter contre la corruption qui gangrène les provinces et les groupes d'État. Plusieurs centaines de hauts responsables ont été limogés ces derniers mois et il y en aura d'autres. Les hommes politiques sont encore trop nombreux à gérer plus ou moins ouvertement les entreprises publiques et à se faire de l'argent sur leur dos. Mais Xi Jinping s'y attaque moins au nom de la morale que de ses intérêts politiques. À l'heure où le gouvernement débloque une nouvelle tranche de quelque 32,7 milliards de dollars pour relancer l'économie chinoises, le renforcement du système légal décidé par le Parti communiste va d'abord permettre de recentraliser le rége et de le replacer clairement au-dessus des pouvoirs locaux. Et donc de conforter automatiquement les pouvoirs de Xi Jinping. 
Arnaud Rodier, octobre 2014

 

 

 

 

 

 

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