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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

INDONÉSIE : « JOKOWI » AFFOLE LES MARCHÉS FINANCIERS

 

Joko Widodo sera officiellement le nouveau Président du pays le 20 octobre. Face à une opposition déterminée, il aura du mal à faire passer ses réformes.

 

A dix jours de son intronisation à la Présidence de l’Indonésie, le 20 octobre, Joko Widodo voit sa tâche se compliquer singulièrement.Le vainqueur de l’élection de juillet 2014, le gouverneur de Jakarta que l’on surnomme « Jokowi » voit, à 53 ans, ses espoirs de faire passer sans problème les grande réformes qu’il a promises s’envoler en fumée. Il n’a que 37% des sièges au Parlement. Il affirme que ce n’est pas un handicap, qu’il est également minoritaire dans la capitale et que cela ne l’a pas empêché d’y « conduire le changement ». Mais le parti de l’opposition de Prabowo Subianto, son rival malheureux à la présidentielle, ne l’entend pas de cette oreille et compte bien utiliser tous les moyens en son pouvoir pour lui mettre des bâtons dans les roues.
La monnaie, la roupie, s’est dépréciée de 4% face au dollar américain. Le bourse de Jakarta a plongé de 5% en un mois. « Jokowi » affole les marchés.
Il a été élu sur un programme ambitieux: stimuler les investissements en lançant des grands travaux d’infrastructures, simplifier l’environnement administratif, faire revenir massivement les hommes d’affaires étrangers, réduire les subventions sur l’essence pour réduire le déficit public.
L’Indonésie n’a pas à se plaindre. La croissance de son PIB (produit intérieur brut) sera de 6% cette année, contre 5,8% l’an dernier. Elle dispose de ressources naturelles importantes, tant agricoles qu’énergétiques ou minières. Sa main d’œuvre est bon marché, ce qui en fait un sérieux concurrent pour la Chine et les autres pays émergents de la région. Elle conserve un marché intérieur dynamique, ce qui est de nature à attirer les investisseurs du monde entier.
Ce pays a une population de 252,2 millions d’habitants, ce qui en fait le troisième derrière la Chine, l’Inde et les États-Unis. Elle passera à 306 millions en 2035. Et, surtout, c’est une population jeune. Contrairement au Japon ou à la Corée du Sud, elle est à 67,2% en âge de travailler.
Optimiser les ressources humaines
Mais le pays manque d’infrastructures. Il est encore trop tributaire de ses exportations de matières premières. Matières premières dont les cours baissent. Le chômage est élevé. La population est pauvre et la corruption reste un fléau. Enfin, comme tous ses voisins, elle s’inquiète de la politique de la Réserve fédérale américaine en matière de taux d’intérêts.
Cette semaine, la Banque d’Indonésie, la banque centrale, en conservant ses propres taux à 7,5%, a clairement montré que Joko Widodo ne devait pas attendre d’aide de sa part. C’est donc dans un climat très incertain que le nouveau Président va prendre les rênes du pouvoir.
Bien sûr, vue de l’étranger, l’Indonésie fait encore figure d’un nouvel Eldorado. Les Français, qui y étaient très présents avant la crise économique et financière asiatique de 1997-1998, puis qui l’ont désertée pendant près de quinze ans, y reviennent. Mais sur place, c’est d’une véritable révolution culturelle que le pays a besoin.
Tout récemment, Jakarta a signé avec la Corée du Sud un surprenant accord dans l’aéronautique militaire. L’Indonésie s’est engagée à participer au développement de 120 avions de chasse coréens de la classe des F-16 américains pour renouveler une partie de sa flotte vieillissante. Elle a promis d’apporter 20% du budget, qui se monte à 7,95 milliards de dollars américains. Cependant l’opération ne doit pas faire illusion.
Si l’Indonésie a les moyens de se lancer dans un certain nombre de programmes technologiques sophistiqués, 86,5% des travailleurs ne disposaient d’aucun savoir faire professionnel l’an dernier, selon les chiffres du Conseil de planification de la population et de la famille. Ils n’étaient que 3,8% à pouvoir se prévaloir d’une formation véritable.
Pour la banque Mandiri, l’une des plus grandes banques en Indonésie, c’est bien à ce problème qu’il faut s’attaquer en priorité. Faire le pari de l’optimisation des ressources humaines du pays, pour développer l’innovation et accélérer la croissance, faute de quoi l’avantage démographique dont il jouit ne servira à rien.
Arnaud Rodier, octobre 2014

 

 

 

 

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