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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CHINE, JAPON, CORÉE, LA COOPÉRATION S'ACCÉLÈRE

 

Le sommet de l'APEC, mi-novembre à Pékin, sera l'occasion pour ces trois pays de conforter la création d'une zone de libre-échange qui représente un marché de 1,5 milliard de consommateurs.

 

Si le Premier ministre japonais Shinzo Abe espère toujours pouvoir profiter du sommet de l’APEC (Asia-Pacific Economique Cooperation), le Forum de coopération Asie-Pacifiques, qui se tient du 8 au 11 novembre à Pékin, pour rencontrer le Président Xi Jinping, c’est surtout sur le triangle Chine-Corée-Japon que les projecteurs vont se braquer.
Pékin n’a pas répondu à sa demande, mais Abe a dans le même temps écrit à la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye dans le même sens. Et son parti "pousse fortement" l’organisation d’une rencontre à trois qui lui permettrait politiquement d’effacer l’image trop impérialiste du Japon au moment où l’on prête à l’archipel l’intention de renforcer considérablement ses moyens militaires
La démarche est politique. Elle s’inscrit dans ce que l’on appelle le "dialogue diplomatique de haut niveau" entre les trois pays, dont le neuvième round s’est tenu à Séoul le 11 septembre dernier. Il réunissait le vice ministre chinois des Affaires étrangères, Liu Zhenmin, le ministre adjoint chargé des Affaires politiques au ministère sud-coréen des Affaires étrangères, Lee Kyung-soo, et le ministre adjoint des Affaires étrangères du Japon, Shinsuke Sugiyama.
Mais elle est aussi économique. Elle vise à conforter le cinquième cycle des négociations sur une zone de libre-échange Chine-Corée-Japon, négociations entamées en novembre 2012 à Phnom Penh au Cambodge. Respectivement deuxième, troisième et treizième économies mondiales, ces pays représentent un marché potentiel de pas moins de 1,5 milliard d’habitants.
Ils veulent trouver des moyens de réduire les taxes sur le commerce des marchandises et d’ouvrir leurs secteurs des services et des investissements. Ils entendent également développer le tourisme pour stimuler leur croissance économique. Un tourisme dont le Japon a particulièrement besoin après le tsunami et la catastrophe nucléaire de 2011. Il pourrait attirer 26 millions de personnes en 2015. Ils cherchent enfin à contrebalancer les effets du ralentissement de l’économie en Europe et aux États-Unis.
Outre l’économie, la Chine, la Corée et le Japon entendent se pencher sur la sûreté nucléaire, la protection de l’environnement et la culture. Ils espèrent réussir à coopérer pour un développement durable par "l’accroissement des énergies renouvelable et de l’efficacité énergétique". Ils ont d’ores et déjà lancé quelques programmes d’études en commun.
Le 22 septembre dernier, la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye et le Premier ministre Stephen Harper ont signé à Ottawa un accord de libre-échange Canada-Corée. Le tout premier accord de libre-échange conclu par le Canada dans la région Asie-Pacifique.
Il doit permettre d’injecter 1,7 milliard de dollars dans le PIB (produit intérieur brut) canadien. Il doit aussi augmenter de quelque 30% par an les exportations du Canada vers la Corée du Sud.
Surtout, souligne Ottawa, il "permettra aux entreprises canadiennes de lutter à armes égales contre leurs principaux concurrents des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie et d’’autres pays qui ont déjà conclu des accords de libre-échange avec la Corée".
Lorsque l’entrée en vigueur de cet accord sera complète, il devrait éliminer les doits de douane sur cent pour cent des exportations non agricoles et 97% des exportations agricoles en provenance du Canada. Dans l’autre sens, le Canada éliminera les droit de douanes sur 99,9% des exportations de la Corée du Sud vers le Canada.La Corée, en outre, a promis l’ouverture de ses marchés publics, un domaine qui représente pour les Canadiens environ 105 milliards de dollars par an.
Nul doute que cet accord sera lui aussi largement commenté au sommet de l’APEC. Il renforce en effet considérablement l’axe trans-pacifique sur lequel les Chinois et les Japonais travaillent également en marge leurs accords commerciaux régionaux. Pékin rêve même d’en faire un contrepoids face à la toute puissance des États-Unis.
 
Arnaud Rodier, septembre 2014
 

 

 

 

 

 

 

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