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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

L'ÉPOUVANTAIL TRUMP LAISSE LA CHINE DE MARBRE

 

Face au président américain qui veut imposer son "America first", Xi Jinping rétorque que la Chine n'est plus seulement bénéficiaire de la mondialisation, mais un pays contribuant à cette dernière.

 

Donald Trump a fait scandale à la dernière réunion du G20 à Baden-Baden en Allemagne. Face aux banquiers centraux et aux ministres des Finances des 20 plus grandes puissances mondiales, les États-Unis ont ouvertement remis en cause les grands principes du libre-échange dans le commerce mondial.
Fini le consensus pour une économie ouverte. Le représentant du président américain s'est fait le chantre du retour au protectionnisme au nom d'un "America first" qui vise tout particulièrement la Chine. Trump met en doute le multilatéralisme, il veut renégocier les accords de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), il menace même de dénoncer les accords de libre-échange passés avec l'Amérique Latine, l'Europe et l'Asie.
Moteur de la croissance mondiale
Pékin, bien trop malin pour entrer dans son jeu, ne bronche pas. Aux yeux de Xi Jinping le protectionnisme revient à "s'enfermer dans une pièce sombre".
Trump semble avoir oublié que les relations sino-américaines "soutiennent environ 2,6 millions d'emplois aux États-Unis", comme le rappelle un rapport d'experts publié à Washington. Tout comme il oublie que la Chine contribue aujourd'hui à plus de 30% de la croissance mondiale.
"L'économie chinoise devrait rester l'un des principaux moteurs de la croissance mondiale dans un avenir proche, son PIB (produit intérieur brut) par habitant étant bien parti pour augmenter de près de 100% entre 2010 et 2020", écrit l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques" dans sa toute dernière étude consacrée au pays.
Efforts de rééquilibrage
Certes, l'OCDE souligne qu'il va lui falloir "poursuivre les efforts de rééquilibrage de l'économie en faveur de la consommation par rapport à l'investissement, et s'attaquer à des risques clé tels que le niveau élevé de l'endettement des entreprises, les surcapacités industrielles et la flambée des prix des logements". Les risques financiers sont importants. L'endettement des entreprises chinoises, hors finance, atteint 170% du PIB. La Chine, juge l'organisation, "devrait supprimer progressivement les garanties implicites de l'État dont bénéficient les entreprises publiques et mettre en place des restrictions aux investissements financés par l'emprunt".
Inégalités sociales
Les inégalités sociales s'accroissent. De nombreux ménages précaires paient un pourcentage plus élevé de leur revenu sous forme de cotisations sociales que les ménages plus riches. Les disparités en matière d'accès à l'éducation sont flagrantes entre les villes et les campagnes. Les aides à la recherche-développement, dont la Chine est si fière, ne profitent qu'à un tout petit nombre de secteurs de très haute technologie.
La Chine s'est fixé pour objectif une croissance de 6,5% cette année. Mais d'ici 2020, son PIB dépassera 13 000 milliards de dollars et la classe moyenne comptera environ 400 millions de personnes sur 1,3 milliard d'habitants. C'est un marché gigantesque pour le monde.
Les "quatre intégralités"
Dans son style inimitable, l'agence officielle de presse Xinhua vante le credo de Xi Jinping et ses "quatre intégralités": "l'édification intégrale d'une société modérément prospère, l'approfondissement intégral de la réforme, la promotion intégrale de l'État de droit et l'application intégrale d'une gouvernance stricte pour le PCC" (Parti communiste chinois).
"Il n'y aura pas de limite au succès de notre cause", promet Xi Jinping.
Face aux rodomontades de Donald Trump, le Premier ministre Li Keqiang en profite pour se payer la tête du président américain en assurant que les deux pays mènent une "communication étroite" pour organiser une rencontre entre les deux chefs d'État. La Chine ne veut pas d'une guerre commerciale avec les États-Unis, tempère-t-il. Elle n'a pas non plus l'intention de dévaluer sa monnaie, le yuan, pour stimuler ses exportations, balayant l'une des principales accusations de Washington.
Mais il pose clairement ses conditions. La politique d'une seule Chine, excluant la reconnaissance de Taïwan, restera le fondement des relations entre les deux blocs.
La tentation d'aller voir ailleurs
Pékin, qui a mis longtemps à accéder à l'OMC, se veut aujourd'hui le champion de la mondialisation et du libre-échange. Le gouvernement chinois ne reviendra pas en arrière. Mais il prend soin de souligner au passage que le commerce sino-russe est "de plus en plus florissant". La menace est à peine voilée. Si Trump persiste dans son "America first", Xi Jinping ira voir ailleurs.
En Asie, où il souhaite la "paix et la stabilité". Et tout le long de la "ceinture et la route", vaste programme destiné à connecter la région à l'Europe et à l'Afrique.
Ces trois dernières années les entreprises chinoises y ont participé à la construction de 56 zones de coopération économique dans pas moins de 20 pays. Elles y ont investi plus de 18 milliards de dollars et créé plus de 160 000 emplois.
Comme le dit non sans humour Zhang Weiwei, doyen de l'Institut des études chinoises de l'université Fudan, "l'approche chinoise a déjà prouvé ses avantages par rapport au soi-disant modèle occidental".
 
 
 Arnaud Rodier, mars 2017

 

 

 

 

 

 

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