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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CORÉE DU SUD VICTIME D'UN SYTÈME GANGRENÉ JUSQU'À LA MOELLE

 

La présidente Park Geun-hye, mise à la porte par la cour constitutionnelle, n'est que le mouton noir d'un pays où collusion et corruption règnent en maître.

 

Et maintenant il faut tout reconstruire.
Destituée le 10 mars par la cour constitutionnelle, la présidente de la Corée du Sud, la première, Park Geun-hye, laisse derrière elle un champ de ruines. Elle perd tous les avantages habituellement réservés aux anciens présidents de la République et une nouvelle élection doit être tenue dans les 60 jours, probablement le 9 mai, pour laquelle le leader du parti démocratique d'opposition, Moon Jae-in, est donné favori.
Un retour à la "normalité" peut permettre de redonner confiance, estime le cabinet de conseil britannique Capital Economics. "Mais un véritable rebond est peu probable. La croissance va rester faible à cause de la lourde dette des ménages, de la restructuration coûteuse des chantiers navals et des inquiétudes concernant les marchés étrangers", précise-t-il en ne créditant plus le pays que d'une croissance de 2% cette année, contre 2,4% auparavant.
Toute l'économie paralysée
Depuis décembre 2016, date à laquelle l'Assemblée nationale avait déjà adopté une motion de destitution contre madame Park, l'économie est paralysée. Les entreprises ont reporté leurs plans d'investissement et d'embauches. La consommation des ménages plonge. Ils sont tétanisés par l'avenir. L'indice des ventes de détail n'a augmenté que de 2,4% entre octobre et décembre, contre 6,2% au deuxième trimestre de 2016. Le PIB (produit intérieur brut) du pays n'a progressé que de 0,4% au quatrième trimestre de l'an dernier, contre 0,6% au trimestre précédent.
Prisonnier des "chaebols"
Celle qui se voulait la championne de l'économie créative et des start-up se retrouve à terre à cause des "chaebols", les conglomérats familiaux créés au début des années 60 par, ironie du sort, son propre père, le dictateur Park Chung-hee.
L'ancien président Kim Dae-jung voulait les démanteler à la fin des années 90, et certains de ses ministres voulaient effacer jusqu'à leur nom du dictionnaire. Park Geun-hye s'y était elle-même attaqué à peine arrivée au pouvoir fin 2012, en leur reprochant de licencier trop facilement. C'était oublier leur pouvoir et la fascination qu'ils exercent sur la population coréenne, au point qu'ils sont toujours plus puissants que n'importe quel gouvernement.
Des familles contrôlent des empires
L'héritier de Samsung, Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics, fils du président du groupe et petit-fils de son fondateur, est inculpé pour corruption et abus de biens sociaux, accusé d'avoir versé 40 millions de dollars de pots de vin à la confidente de madame Park, Choi Soon-sil, pour financer des fondations occultes et douteuses. Il dément, mais derrière lui tous les "chaebols", Lotte, Hyundai, Hanwha, sont dans le collimateur des juges.
Le patron de Lotte nie avoir versé 10,4 millions d'euros aux fondations de madame Choi et se défausse sur la Fédération des industries coréennes (FKI), le Medef local. Fondation que Samsung et Hyundai veulent quitter. Mais celle-ci, en réalité, ne fait qu'obéir à ces mêmes groupes.
Leurs familles fondatrices contrôlent des empires qui font et défont les alliances et finances les campagnes législatives et présidentielles. Bien malin l'homme ou la femme politique qui pourrait leur échapper.
Relations diplomatiques en danger
L'image nuit au pays et la destitution de Park Geun-hye ne peut pas plus mal tomber, au moment où les relations de la Corée du Sud sont particulièrement tendues avec la Chine et le Japon, et alors que la Corée du Nord se fait de plus en plus menaçante.
Séoul a commencé à déployer son système de défense antimissile américain THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) auquel Pékin est opposé. Du coup la Chine interdit à ses touristes de se rendre et Corée du Sud et ferme tous les établissements Lotte sur son territoire.
Et les relations de la péninsule avec les États-Unis ne sont pas meilleures. La nouvelle administration Trump veut renégocier les accords de libre échange avec le pays, qu'elle juge "destructeurs d'emplois". La visite ces jours-ci du secrétaire d'État américain Rex Tillerson s'annonce épineuse. Il débarque dans un pays sans gouvernement.
Un pays, qui plus est, profondément divisé. Déchiré entre les pro et les anti Park. Les rassemblements se multiplient dans la rue et sont de plus en plus violents. Ils ont déjà fait trois morts à Séoul.
Le pays du Matin calme donne au monde entier l'image d'un système gangrené jusqu'à la moelle, où la collusion et la corruption règnent à tous les étages de la société.
La nouvelle élection présidentielle n'y changera sans doute pas grand chose.
 
 
Arnaud Rodier, mars 2017

 

 

 

 

 

 

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