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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CORÉE DU SUD : LE GOUVERNEMENT AU PIED DU MUR

 

Pour le ministre des Finances, si le pays ne se transforme pas en profondeur, il risque de retomber dans une crise équivalente à celle de 1997-1998.

 

L'économie créative est une belle idée. Mais elle ne fonctionne pas. Telle est la première leçon à retenir de la décision surprise de la Banque de Corée (BOK) d'abaisser le taux d'intérêt directeur de juin à 1,25%, soit 0,25 point de moins qu'en mai.
C'est sa première baisse depuis un an. Et il se retrouve à son niveau historiquement le plus bas.
Au premier trimestre, le PIB (produit intérieur brut) du pays n'a progressé que de 0,5% en rythme trimestriel, contre 0,7% au trimestre précédent. Et sur un an, la croissance de la quatrième économie d'Asie  ressort à 2,8% au lieu des 3% espérés.
Entre janvier et mars, la consommation des ménages a reculé de 0,2% et les exportations, principal moteur de la croissance, ont fléchi de 1,1% sur un trimestre, mais de 6% sur un an. Dans le même temps, les investissements dans les biens d'équipement ont plongé de 7,4%.
Avertissement du FMI
Le FMI (Fonds monétaire international" qui, lui, ne prévoit qu'une croissance de la Corée du Sud de 2,7% pour 2016, alors que le ministre des Finances, Yoo Il-ho espère encore atteindre le chiffre de 3,1%, estime que "la mise en oeuvre d'un stimulus budgétaire additionnel devrait être une priorité et doit être accompagné d'un assouplissement monétaire".
Le gouvernement pourrait l'annoncer à la fin du mois, en même temps qu'il se montrerait moins optimiste en matière de croissance.
Petites et moyennes entreprises
L'économie créative de la présidente Park Geun-hye repose sur le développement des petites et moyennes entreprises et l'initiative privée pour contrebalancer le poids des "chaebols", les grands conglomérats, Hyundai, Samsung, LG. Mais elle ne porte pas ses fruits. "Nous estimons que les risques de récession économique se sont accrus au deuxième trimestre", tranche Lee Ju-yeol, gouverneur de la Banque de Corée.
D'ores et déjà le gouvernement s'est vu obligé d'annoncer la création d'un fonds de 9,5 milliards de dollars destiné à aider à recapitaliser les banques publiques pour qu'elles continuent de financer les entreprises en difficulté.
Chantiers navals en crise
Et pas les moindres. Le chantier naval STX Offshore and Shipbuilding, l'un de fleurons du secteur, a déposé son bilan en mai. Un très mauvais signe quand on sait que la construction navale assure 6,5% du PIB de la Corée du Sud et pas moins de 200 000 emplois directs.
D'autant que les autres ne vont pas mieux. Hyundai Heavy Industries, Samsung Heavy Industries et Daewoo Shipbuilding and Marine Engineering ont besoin de trouver 7,9 milliards d'euros pour garder la tête hors de l'eau. Hyundai va vendre trois de ses branches financières. Samsung va se séparer de toutes les sociétés qui ne font pas partie de son corps principal de métier. Daewoo va réduire ses chantiers de sept à quatre et céder 14 filiales. S'il trouve preneur.
Du coup, le gouvernement est obligé de lâcher du lest.
Législation anti-trust
Les conglomérats dont les avoirs ne dépassent pas 8,7 milliards de dollars vont pouvoir échapper à la législation anti-trust sud-coréenne. Elle avait été instaurée pour lutter contre la mainmise des grands groupes sur l'économie et l'opacité qui entourait leur organisation et leur permettait d'échapper au fisc.  Elle devait aussi favoriser le développement des entreprises de taille moyenne, celles chargées justement de développer l'économie créative chère à madame Park.
De 65 "chaebols" officiellement sous contrôle, la liste va tomber à 28 en septembre prochain. "Nous espérons que ceux qui seront libérés deviendront pus compétitifs", souligne la Commission des Finances qui promet qu'elle continuera de les surveiller tous les trois ans.
Endettement des ménages
La Fédération des petites et moyennes entreprises n'y croit pas. "Ils vont en profiter pour verrouiller davantage le marché et étouffer les initiatives privées", dénonce-t-elle.
La présidente Park Geun-hye est aujourd'hui au pied du mur. Son mandat, non renouvelable, s'achève l'an prochain et son parti, Saenuri, a perdu sa majorité aux élections législatives d'avril dernier.
La population vieillit trop rapidement. Le chômage des jeunes a atteint le taux record de 12,5% en février. Faute de confiance, l'endettement des ménages ne cesse d'augmenter. Il a bondi de 11,4% en mars sur un an, à 930 milliards d'euros.
Un chiffre que la nouvelle baisse des taux ne risque pas d'arranger.
"Si elle ne restructure pas son industrie à temps, la Corée risque de retomber dans les souffrances de la crise financière asiatique de 1997-1998", prévient le ministre des Finances Yoo Il-ho.
 
 
 
Arnaud Rodier, juin 2016

 

 

 

 

 

 

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