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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CHINE : LE VERRE A MOITIÉ VIDE ET LE VERRE À MOITIÉ PLEIN

 

Simple stabilisation ou début de reprise, bien malin qui pourrait le dire tant les chiffres sont peu fiables. Et les grandes réformes annoncées par le gouvernement peinent à se mettre en place.

 

La différence tient à l'épaisseur du trait.
Le produit intérieur brut (PIB) de la Chine a progressé de 6,7% sur un an au premier trimestre 2016, pour atteindre 15 900 milliards de yuans (2 400 milliards de dollars). Il marque un nouveau ralentissement par rapport aux 6,8% enregistrés au trimestre précédent et tombe à son rythme de croissance le plus faible depuis sept ans, c'est à dire au premier trimestre 2009. Mais il reste dans la fourchette fixée par le gouvernement pour l'ensemble de cette année, entre 6,5% et 7%.
"C'est un bon début", se félicite Zhao Chenxin, porte-parole de la Commission nationale du développement et de la réforme. Mi-mars, le Premier ministre Li Keqiang jurait déjà au monde entier que "l'économie chinoise ne souffrira pas d'un atterrissage brutal".
A Paris, devant l'Institut français des relations internationales (IFRI), le conseiller d'État chinois Yang Jiechi, en visite en France, a réaffirmé que la Chine "reste et restera une ancre de stabilité et une source de croissance pour l'économie mondiale" à laquelle elle "apportera une énergie positive durable".
S'inquiéter sans raison
Il est vrai qu'après huit mois de chute consécutifs, les exportations du géant asiatique ont rebondi de 11,5% en mars, à 160,8 milliards de dollars. En février, elles s'étaient écroulées de plus de 25% sur un an. Du jamais vu depuis six ans. Et les importations du pays n'ont reculé que de 7,6%, à 131 milliards de dollars, contre 13,8% le mois précédent. Résultat, l'excédent commercial de la Chine s'est envolé à 29,9 milliards de dollars, pratiquement dix fois le niveau enregistré en mars 2015.
Il n'en faut pas plus pour que le journal Global Times reprenne triomphalement les articles favorables parus dans la presse internationale pour critiquer les étrangers qui ont bien tort de s'inquiéter sans raison valable.
D'autres chiffres viennent confirmer ce que certains voient comme une simple stabilisation de l'économie et d'autre comme un début de reprise.
Devant les États-Unis
La production industrielle a enregistré une hausse de 5,8% en mars, contre 5,4% en janvier et février 2016. Les investissements en capital fixe ont progressé de 10,7% au premier trimestre. Un rythme plus soutenu que les 10% affichés pour l'ensemble de l'année 2015. Les investissements dans l'immobilier ont augmenté de 6,2%, contre 1% l'an dernier. Le secteur des services, d'autant plus important qu'il est appelé à prendre le relais de l'industrie lourde, a progressé de 7,6%.
La Chine est même désormais en tête de l'ensemble des pays du monde en terme du PIB calculé en "parité de pouvoir d'achat", selon le dernier rapport sur l'économie mondiale (world economic outlook) du Fonds monétaire international (FMI). Elle est passée devant les États-Unis et le Japon. Ce calcul, qui classe la France au neuvième rang, repose sur le fait qu'avec un euro ou un dollar, on achète plus de choses à Pékin qu'à New-York puisque la main d'oeuvre est moins chère et que les produits et les services sont plus facilement abordables.
Licenciements massifs
"On devrait cependant faire attention à ne pas trop se focaliser sur le produit intérieur brut et observe davantage l'évolution des investissements, de la consommation et des exportations", prévient un économiste de Haitong Securities.
Les surcapacités plombent de nombreux secteurs, la productivité se dégrade dans les services et dans le secteur public.
La Chine se prépare à licencier entre 5 et 6 millions de personnes dans les trois prochaines années, selon un document interne du Parti que l'agence de presse Reuters s'est procuré début mars. Sept grands secteurs seraient concernés, parmi lesquels la construction navale et la sidérurgie. Elle souhaite sabrer ses entreprises publiques déficitaires et mettre en avant ses capacités dans l'innovation et les hautes technologies pour accélérer le développement de la classe moyenne.
"Difficultés et espoirs"
Mais cette classe moyenne, coincée entre les "milliardaires rouges" et les "mingong" les travailleurs migrants, peine à s'envoler. Elle ne stimule pas la consommation comme le voudrait le pouvoir. Ou si elle le fait, c'est en s'endettant lourdement. La croissance intérieure chinoise reste tirée par le crédit. En mars, le prêts accordés par les banques chinoises ont doublé. La dette privée dépasse 250% du PIB.
La Banque centrale chinoise vient encore d'injecter l'équivalent de 44 milliards de dollars dans le système financier pour maintenir les liquidités dans les banques commerciales. Et Pékin redoute toujours, malgré ses interventions sur le yuan, les fuites de capitaux hors du pays.
C'est la politique du verre à moitié vide et du verre à moitié plein. "Il y a à la fois des difficultés et des espoirs pour l'économie chinoise, mais étant donné la tendance et les fondements, il y a davantage d'espoirs que de difficultés", promet le Premier ministre Li Keqiang.
 
 
 
Arnaud Rodier, avril 2016

 

 

 

 

 

 

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