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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA POUDRE AUX YEUX DU SOMMET DE SHANGHAI

 

Non seulement les ministres des Finances du G20 n'ont pas pris de décisions concrètes, mais encore l'OCDE tombe à bras raccourcis sur la Chine, le Japon, la Corée, l'Inde et l'Indonésie.

 

Shanghai, la capitale de de la finance en Chine, n'a pas fait de miracle.
Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 (le groupe comprend 19 pays et l'Union européenne) qui s'y sont retrouvés les 26 et 27 février 2016, ont tout simplement constaté que la reprise mondiale apparaît "inégale et en de-ça des ambitions" et qu'il faut utiliser "tous les outils" pour soutenir l'économie.
La Chine, présidente du G20 cette année, se faisait un point d'honneur d'obtenir un franc succès. C'est raté.
"Il faudra espérer que ce premier grand rendez-vous de l'année du groupe se traduise par des décisions concrètes et non de simples déclarations d'intention", écrivait l'agence de presse officielle Xinhua. Dénonçant les "folles disparités en matière de politique monétaire", avec la Réserve fédérale américaine relevant son taux directeur en décembre 2015, la Banque du Japon choisissant au contraire des taux négatifs en janvier 2016, tandis que la Banque centrale européenne plaidait pour des assouplissements plus agressifs, elle affirmait que "ces choix divergents de pays développés ont posé un défi majeur aux économies émergentes". Avant d'ajouter: "il faut que les plus grandes économies du monde agissent ensemble pour se protéger efficacement des difficultés économiques et financières".
Occasion unique de réaliser des investissements
La Chine, pour sa part, "jouera un rôle constructif dans le renforcement du réseau de sécurité du système financier mondial". Elle entend "exposer au monde ses réalités économiques et expliquer les mesures qu'elle envisage de prendre pour réformer son économie afin de dissiper les doutes déplacés sur les perspectives économiques du pays". Il s'agit pour elle de "convaincre les pessimistes sur la santé économique" de la Chine. Ni plus ni moins !
Mais l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), dans l'édition 2016 de son rapport "Objectif de croissance", souligne que "le ralentissement inquiétant de l'économie mondiale exige de toute urgence une action globale des pouvoirs publics, faisant appel à tous les instruments dont disposent les gouvernement en matière de politiques monétaire, budgétaire et structurelle".
Le "niveau exceptionnellement bas des taux d'intérêt aujourd'hui améliore les marges de manoeuvre budgétaires des gouvernements, offrant une occasion unique de réaliser des investissements en infrastructures qui stimuleront la demande, alimenteront la croissance et permettront en définitive d'améliorer la situation des finances publiques", précise son secrétaire général Angel Gurria, qui présentait son document avec le ministre des Finances chinois Lou Ji Wei juste avant la réunion du G20.
Il reconnaît qu'en dehors de l'Europe, plusieurs pays d'Asie ont prix un "nombre relativement élevé" de mesures dans le bon sens, parmi lesquels le Japon, la Chine et l'Inde.
Mais la Chine, dont la hausse du PIB (produit intérieur brut) sera selon l'OCDE de 6,5% en 2016 et de 6,2% en 2017, doit encore trouver de nouvelles sources de croissance pour concurrencer les pays avancés. Il lui faut s'intégrer plus dans le système commercial mondial, multiplier les transferts de technologie, s'orienter vers l'économie du savoir et améliorer ses activités de services "qui ne représentent qu'une petite part de la valeur ajoutée de ses exportations".
Il lui faut aussi ouvrir davantage l'accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises et réduire les inégalités, notamment en matière de santé et d'emploi, entre les régions riches de la côte et les régions pauvres.
Concilier vie familiale et vie professionnelle
"L'extension progressive des services sociaux aux migrants dans un nombre croissant de villes augmentera leur capacité de consommation et permettra une croissance mieux équilibrée et plus équitable", note l'OCDE.
Et l'organisation n'est tendre avec aucun des pays d'Asie faisant partie de ses membres.
Au Japon, dont la croissance est attendue à 0,8% en 2016 et à 0,6% en 2017, le productivité dans les services est trop faible par rapport à celle de l'industrie, et l'une des plus basse de l'organisation. Trop de barrières empêchent la compétitivité et l'innovation. La population vieillit à un point tel qu'il est impératif de remettre les femmes au travail en leur offrant un environnement qui leur permette de concilier vie familiale et vie professionnelle.
Il faut également que l'archipel fasse tomber les blocages concernant les étrangers en matière d'importations et d'investissements directs. La protection sociale, en outre, doit être étendue aux travailleurs précaires.
Même critique en matière de productivité dans les services vis à vis de la Corée du Sud. Là encore elle est bien en-dessous de la moyenne des pays de l'OCDE. Le pays n'est pas assez compétitif et l'innovation peine à s'y développer en dépit de la campagne pour "l'économie créative de la présidente Park Guen-hye. Et là aussi, population vieillissante oblige, il faut ramener les femmes au travail. De même, vis à vis des étrangers il convient de "faire preuve de plus de transparence" et "d'améliorer le climat des affaires". Le gouvernement doit également se pencher davantage sur le sort des travailleurs précaires et de leur protection sociale.
Travailleurs précaires qui sont aussi la plaie de l'Indonésie et de l'Inde.
Mener des politiques budgétaires expansionnistes
En Indonésie, les jeunes pas assez formé, ne trouvent pas de travail. Et les grands travaux lancés par l'État ne parviennent pas à diminuer la pauvreté du pays. Ce doit être une priorité du gouvernement que de lutter contre elle, mais toute décision politique d'envergure se heurte partout à la corruption. Corruption du pouvoir, corruption des chefs d'entreprises, elle s'invite à tous les étages.
Problème identique, ou peu s'en faut, pour l'Inde, créditée pourtant d'une croissance de 7,4% pour 2016 et de 7,3% pour 2017. L'OCDE dénonce le faible niveau d'éducation et le manque d'infrastructures. Elle déplore la pléthore de règlements administratif qui paralyse les créations d'emplois. Elle préconise une simplification radicale de la paperasserie, même si elle reconnaît que le pays à fait des efforts pour donner une meilleure image de lui-même et a engagé des programmes de formation auprès des jeunes. Mais ils restent très insuffisants.
"Dans la mesure où les administrations publiques de nombreux pays peuvent aujourd'hui emprunter à long terme à des taux d'intérêt très bas, il est possible de mener des politiques budgétaires expansionnistes destinées à renforcer la demande, tout en préservant la viabilité des finances publiques", estime l'Organisation de coopération et de développement économique.
La critique ne s'adresse pas qu'à l'Asie. Mais elle est directement visée.
 
 
Arnaud Rodier, février 2016 

 

 

 

 

 

 

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