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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CORÉE DU NORD JOUE AVEC LE FEU

 

Pyongyang se moque des sanctions internationales. Mais la multiplication des informations extérieures peuvent menacer le régime communiste et provoquer son effondrement.

 

La Corée du Nord est privée de Davos. Le Forum économique mondial (WEF), qui avait invité le pays communiste à la grand messe du capitalisme international, l'a retirée de la liste après le tir par Pyongyang, le 6 janvier, d'une prétendue bombe à hydrogène.
La décision d'inviter la Corée du Nord à ce forum, qui se tient du 20 au 23 janvier, avait été prise en raison des "signaux positifs émanant du pays". Kim Jong-un, l'imprévisible "cher leader", comme on l'appelle, avait il est vrai placé l'amélioration des conditions de vie des Nord-coréens dans les "priorités absolues" de son discours du Nouvel An. Il promettait de relancer plusieurs projets de zones économiques spéciales à la frontière avec la Chine. Il projetait la création de nouveaux centres de loisirs et des zones résidentielles dans la capitale. Il parlait aussi de la réouverture du mont Kumgang, la montagne du diamant, aux touristes Sud-coréens.
Il a délibérément tout fait capoter.
La Chambre des représentants aux États-Unis a immédiatement voté des sanctions renforcées contre la Corée du Nord. Elle appelle à ce qu'elles ne concernent pas seulement le pays mais encore les entreprises étrangères qui l'aident d'une manière ou d'une autre. Elle autorise le gouvernement américain à lui interdire tout accès à son système financier. Elle préconise une inspection systématique des chargements nord-coréens dans les ports et les aéroports.
De son côté, la présidente de la Corée du Sud, Park Geun-ye réclame que le Conseil des Nations unies adopte de nouvelles résolutions les plus musclées possibles. Et elle enjoint la Chine, membre permanent du Conseil, de se joindre au boycott.
Rien ne va plus avec la Chine
Chine qui ne cache plus son agacement. Pékin a longtemps maintenu une stratégie de clémence vis à vis de son encombrant voisin. Mais aujourd'hui ses relations avec Pyongyang sont sensiblement dégradées.
Pékin fournit l'essentiel de l'aide alimentaire nécessaire à la Corée du Nord, le blé notamment. La Chine lui assure la quasi totalité de ses besoins en énergie, pétrole, gazole et kérosène. Mais entre janvier et novembre 2015, les exportations nord-coréennes vers la Chine ont diminué de 12,3%, à 22,7 milliards de dollars, et ses importations ont plongé de 16,8%, à 26,2 milliards de dollars, par rapport à la même période de l'année précédente. C'est le plus bas niveau d'échanges enregistré entre les deux pays depuis 2009. Il reflète bien le refroidissement de leur commerce.
La Chine, qui à elle seule représentait en 2014 90,2% du commerce extérieur de la Corée du Nord, a parfaitement les moyens de lui couper les vivres.
A Séoul, c'est l'alerte maximum. Les haut-parleurs ont de nouveau été déployés sur la frontière avec le Nord et diffusent à fond de la propagande anti-communiste. Les grands panneaux lumineux qui avaient été démontés sont progressivement réinstallés pour diffuser sur d'immense lettres rouges, pouvant être vues à des kilomètres à la ronde, tous les bienfaits de la société capitaliste.
Pour sa part, la Nord envoie chaque jour des milliers de prospectus qui s'abattent tout autour de Séoul et dans les provinces du nord-ouest. Ils sont acheminés et lâchés par de grands ballons en plastique. On peut y lire par exemple : "allons assommer le gang de Park Geun-hye qui a aggravé les relations Nord-Sud" ou "arrêtez la guerre psychologique qui allume la mèche de la guerre".
Le mythe d'une nation impénétrable
Sur le parc industriel de Gaesong, unique symbole de la réconciliation inter-coréenne, au nord du 38e parallèle, qui abrite 124 entreprise sud-coréennes dans lesquelles travaillent 54 000 ouvriers nord-coréens, Séoul réduit au minimum son personnel. Il est passé de 800 à 650 personnes, tous cadres. Et ils sont strictement contrôlés quand ils passent la frontière.
Pour autant, la Corée du Sud n'envisage pas pour le moment de fermeture du complexe industriel. Tout comme le groupe Hyundai Asan veut encore croire au redémarrage touristique du mont Kumgang, arrêté en 2008 suite à la mort d'une touriste sud-coréenne abattue par un soldat du Nord.
Outre des complexes de loisirs et des hôtels, il prévoyait d'accueillir un immense golf financé par Emerson Pacific. "Les pertes financières sont considérables. Nous faisons régulièrement des inspections pour que tout ne se délabre pas. Mais nous continuons d'attendre", dit un responsable des relations internationales de Hyundai Asan.
Pyongyang n'ira donc pas à Davos. "Mais la Corée du Nord entretient le mythe d'une nation impénétrable et se fiche éperdument des sanctions internationales", juge Juliette Morillot, spécialiste de la Corée du Nord, dans une interview à la Revue des Deux Mondes. Elle est notamment l'auteur de "Évadés de Corée du Nord" avec Dorian Malovic.
Un avis que ne partage pas l'agence de notation internationale Moody's. Pour elle, si le Nord réagit aussi fermement à la propagande de Séoul, c'est justement parce que les informations extérieures sont capables de menacer son régime. Et d'ajouter que la répression économique et politique peuvent plus facilement qu'on ne le croit provoquer son effondrement brutal.
 
Arnaud Rodier, janvier 2016

 

 

 

 

 

 

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