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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

DEUX OU TROIS LEÇONS À TIRER DE LA CRISE EN CHINE

 

Transformer l'atelier du monde en laboratoire du monde, tel est le pari du gouvernement Chinois dont le président, Xi Jinping, s'envole pour les  États-Unis.

 

La visite officielle du président chinois Xi Jinping aux États-Unis, du 22 au 25 septembre, à l'invitation du président américain Barack Obama, revêt un caractère symboliquement exemplaire.
Le nouveau Mao Zedong, comme on l'appelle de plus en plus souvent, entend démontrer que le Parti communiste négocie désormais d'égal à égal avec la Maison Blanche.
L'an dernier le volume du commerce bilatéral entre les deux grandes puissances a atteint 550 milliards de dollars et les investissements cumulés dans les deux sens ont représenté 120 milliards de dollars. Environ 200 000 étudiants chinois séjournent actuellement aux États-Unis et 5 000 étudiants américains résident en Chine.
Parmi les dossiers qui seront abordés, le renforcement de la coopération sur le changement climatique et l'environnement, sujet neuf pour la Chine, les mesures pour stabiliser l'économie mondiale, la sécurité au niveau international et les échanges militaires bilatéraux.
"La Chine étant le plus grand pays en voie de développement et les États-Unis le plus grand pays développé, cette visite est très importante", souligne Yang Jiechi, conseiller d'État à Pékin.  Et d'ajouter qu'ils "peuvent et doivent coopérer".
Yang Jiechi se dit également "convaincu que la communauté commerciale américaine s'intéresse beaucoup à l'économie chinoise". Il promet que la Chine "poursuivra sa réforme structurelle et son urbanisation, afin de stimuler les activités économiques nationales et d'augmenter le niveau de vie de la population". Et il assure que "le pays cherchera à améliorer ses investissements et son environnement commercial, en particulier la protection de la propriété industrielle". La Chine est une "société innovante", se félicite-t-il.
C'est pourtant cette Chine qui a fait exploser les marchés cet été et continue de les paniquer aujourd'hui.
Modèle économique en question
Les exportations du pays ont reculé de 5,5% en août tandis que les importations s'effondraient de 13,8%. La bourse de Shanghai a perdu plus de 40% de sa valeur en deux mois. La double explosion dans le port de Tianjin, qui a fait 139 morts et quelque 500 blessés, a paralysé l'activité de Pékin, pointant du doigt l'insécurité dans les installations industrielles chinoises. Et la dévaluation de la monnaie, le yuan, face au dollar, décidée brutalement par le gouvernement a été en quelque sorte la cerise sur le gâteau.
Il faut remonter au début des années 90 pour qu'une telle opération se produise. Mais il s'agissait alors de préserver la compétitivité des produits chinois après les évènements meurtriers de Tian An Men.
Résultat, les analystes étrangers pensent maintenant que la Chine n'atteindra pas son objectif de croissance du PIB (produit intérieur brut) de 7% cette année. Et du coup il n'en faut pas moins pour que certains d'entre eux prédisent l'écroulement du modèle économique chinois.
C'est une "erreur de lecture", rétorque David Baverez, auteur de "Génération tonique. L'Occident est complètement à l'Ouest" dans les colonnes de La Tribune. La dévaluation d'août "ne ressemble pas du tout à la sous-évaluation artificielle du yuan des années 90. Au contraire, elle est le signe que les autorités de Pékin acceptent les règles du marché et adaptent le cours de leur devise à la baisse de la croissance chinoise et à la perspective de la convertibilité du yuan", juge-t-il.
Autrement dit, la réforme l'emporte sur la relance.
"La Chine n'est pas une source de risques pour le monde, bien au contraire, elle est une robuste source de croissance" a affirmé le premier ministre Li Keqiang au forum des investisseurs de Dalian. Et de rappeler que son pays avait produit pas loin de 30% de la croissance mondiale au premier semestre 2015.
En réalité le pays fait le choix, face aux difficultés que rencontrent les secteurs traditionnels de son économie, de se tourner vers les nouvelles technologies. Développer les services, pousser la recherche et le développement, améliorer la productivité, ce sont pour la Chine autant d'outils pour accélérer la demande intérieure et moins dépendre des exportations. Elle veut "transformer l'atelier du monde en laboratoire du monde", insiste David Baverez.
Réforme des entreprises publiques
C'est l'un des objectifs de la grande réforme des entreprises publiques lancée par le gouvernement mi-septembre. Il veut restructurer ou fusionner les moins performantes et faire entrer des capitaux privés pour stimuler les autres. Jusqu'à quel niveau? Toute la question est là. Mais il veut des résultats concrets en 2020.
D'ores et déjà, les services sont en passe de supplanter l'industrie. Ils représentaient 48,1% de la croissance de la Chine l'an dernier, contre 34,4% en 1994. C'est l'avenir du pays, reconnaît le patron de la Chambre de commerce européenne en Chine. Mais "reste à savoir si nous serons dans la porte ou dehors".
Les nouvelles zones économiques spéciales, dont celle de Shanghai, sont des points d'entrée tout trouvés pour les étranger. Mais 30% des entreprises enregistrées à la Chambre de commerce américaine avouent n'avoir aujourd'hui aucun projet d'investissements nouveaux en Chine. Un chiffre record depuis 2009. Et de plus en plus nombreuses sont celles qui quittent le pays pour d'autres destinations en Asie.
Les Européens comme les Américains craignent en fait de ne pas pouvoir avoir véritablement accès aux nouveaux moteurs de la croissance chinoise. Ils ne croient pas non plus à la volonté du gouvernement de s'attaquer aux entreprises publiques toujours toute puissantes.
En attendant, la Chine vient de s'allier à une entreprise américaine pour construire un train à grande vitesse entre Las Vegas et Los Angles. Une première à l'étranger. Et, surtout, Pékin dame le pion aux Japonais qui convoitaient cette ligne longue de 370 kilomètres depuis plusieurs années.
 
Arnaud Rodier, septembre 2015

 

 

 

 

 

 

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