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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

INDE-CHINE : LE CHOC DES GÉANTS

 

Entre les deux plus grands pays d'Asie, la guerre ne fait que commencer. La croissance de l'Inde dépasse déjà celle de la Chine.

 

C'est pour le moment un pur scénario de science-fiction. Mais le choc des géants se produira inévitablement.
La Chine compte 9 597 000 kilomètres carrés et 1,37 milliard d'habitants, l'Inde 3 288 000 kilomètres carrés et 1,25 milliard d'habitants. Sa population va même dépasser celle de la Chine après 2028.
L'an dernier, le patrimoine financier des ménages dans le monde a augmenté de 12%, à 167 000 milliards de dollars, selon le Boston Consulting Group. Mais c'est l'Asie Pacifique qui enregistre la plus forte hausse (+29%) et, à 47 000 milliards de dollars, elle passe désormais devant l'Europe (43 000 milliards). Elle pourrait surpasser le numéro un, l'Amérique du Nord (51 000 milliards) dès l'an prochain. Et en 2019, cette région représentera 34% de la richesse globale des ménages.
Dans les cinq ans à venir, cette richesse va encore connaitre une croissance moyenne de 6% par an, pour totaliser 222 000 milliards de dollars en 2019. Mais l'écart entre l'Orient et l'Occident ne va cesser d'augmenter avec une progression à deux chiffres pour le premier, et à un seul chiffre pour le second. Dans le même temps, le nombre des ménages millionnaires va exploser.
Il est passé de 15 millions en 2013 à 17 millions en 2014. Les millionnaires représentent à eux seuls 41% du total de la richesse des ménages dans le monde. Ce chiffre passera à 46% en 2019.
Ce sont les États-Unis qui recensent le plus grand nombre de millionnaires (7 millions), mais ils sont talonnés par la Chine (4 millions) qui a enregistré l'an dernier la plus forte naissance de nouveaux millionnaires: 1 millions de plus. Un record. Et l'Asie ne cesse de gagner du terrain: 60% des 2 millions de foyers devenus millionnaires entre 2013 et 2014 sont asiatiques, remarque le Boston Consulting Group.
Et, surprise, la région s'impose aussi sur le podium des super-millionnaires, les ménages qui dispose d'un patrimoine évalué entre 20 millions et 100 millions de dollars. Une tranche privilégiée qui pèse 9 000 milliards de dollars et qui a bondi de 34% l'an dernier! Les États-Unis sont encore une fois les grands gagnants (5 200 ménages), suivis de nouveau par la Chine (1 037), le Royaume-Uni (1 019) et... l'Inde (928)! Le deuxième plus grand pays d'Asie est aujourd'hui le quatrième paradis des super-millionnaires.
En 2013, l'Inde figurait au quinzième rang des simples millionnaires (175 000 ménages), derrière la Russie (213 000 ménages) et l'Australie (195 000). A présent elle entend se donner tous les moyens pour rattraper la Chine.
Le gouvernement, qui a modifié au début de l'année son mode de calcul des statistiques, affirme que la croissance du pays a été de 6,9% en 2013-2014. Et son ministre des Finances, Arun Jaitley, soutient qu'elle pourrait rapidement être à deux chiffres. Cette année, à 7,5%, elle dépasse d'ores et déjà celle de l'Empire du milieu (7%).
Certes l'économie de la Chine et sa capitalisation boursières sont cinq fois plus importantes que celles de l'Inde, mais cette dernière a un énorme avantage: la jeunesse de sa population, 27 ans en moyenne, contre 36,7% en Chine. Avec la politique de l'enfant unique, celle-ci ne peut que vieillir plus, diminuant la compétitivité chinoise sur le marché du travail.
Main d'oeuvre très bon marché
Le Premier ministre Narendra Modi, élu en mars 2014, met les bouchées doubles pour transformer le pays. Il promet une transformation en profondeur de l'industrie, des villes modernes partout dans le pays et la création de 100 000 nouveaux emplois d'ici 2022. Il veut attirer les investissements étrangers. "La levée des restrictions pour les étrangers dans de nombreux secteurs de l'économie est l'un des succès du Premier ministre", salue le cabinet Capital Economic's. Avant d'ajouter: "mais le niveau de ces investissements reste faible comparé à la taille de l'économie indienne".
Ce sont en effet ces investissements étrangers qui pourraient bien faire la différence entre l'Inde et la Chine. En Chine, les augmentations de salaires répétées rendent le pays moins attractif. Ce n'est pas le cas en Inde où la main d'oeuvre reste très bon marché. Or Modi a l'intention de multiplier les grands travaux: routes, ports, lignes ferroviaires. Et pour le faire il a besoin d'importer des technologies étrangères. "C'est maintenant que les entreprises doivent s'y installer, pas dans 20 ans", prévient un analyste cité par l'agence Bloomberg.
A Hongkong, la grande plaque tournante des investissements en Chine, de plus en plus nombreux sont les banquiers qui augmentent la part de l'Inde dans leurs portefeuilles de valeurs asiatiques. L'un d'entre eux, qui n'avait jusqu'alors d'yeux que pour Pékin, affirme même que l'Inde est "l'histoire la plus prometteuse des 5 ou 10 prochaines années".
La bataille ne fait que commencer.
 
Arnaud Rodier, juin 2015

 

 

 

 

 

 

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