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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CORÉE DU SUD FAIT FACE AU CORONAVIRUS MERS

 

Deuxième pays le plus touché par l'épidémie au monde, après l'Arabie Saoudite, la Corée ne veut pas voir son économie s'effondrer.

 

Vent de panique en Corée du Sud. Les consommateurs fuient les centres commerciaux, les restaurants, les cinémas. Les gens ne veulent plus sortir de chez eux. Plus de 50 000 touristes, principalement des Chinois, ont renoncé à séjourner dans le pays.
La présidente Park Geun-hye a décidé d'annuler son voyage aux États-Unis. Elle devait partir dimanche dimanche 14 juin et rencontrer Barak Obama le mardi suivant. Un nouveau déplacement sera programmé "aussitôt que possible", disent la Maison Bleue, le palais présidentiel, et Washington.
L'épidémie du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers) s'est déclarée en Corée le 20 mai, après le retour d'un Coréen qui avait séjourné dans les pays du Golfe. Depuis, 126 cas de contamination ont été détectés, dont 11 mortels en date du 12 juin. Pour empêcher la maladie de se répandre à grande vitesse 3 600 personnes ont été placées en isolement dans des établissements hospitaliers et 2 600 autres sont mises en quarantaine à domicile. Partout en ville, dans la rue, dans les transports en commun, on porte des masques. Pas moins de 55 hôpitaux à Séoul et en province ont enregistré des personnes infectées.
La Corée du Sud est désormais le deuxième pays le plus touché au monde après l'Arabie Saoudite. Park Geun-hye a ordonné à tout son gouvernement de minimiser par tous les moyens les impacts négatifs du syndrome. Mais la Banque de Corée (BOK), la banque centrale, a immédiatement abaissé son taux d'intérêt directeur à 1,50%, son niveau historique le plus bas, montrant bien par là qu'elle n'était absolument pas rassurée.
Cet abaissement d'un quart de point est le quatrième depuis août 2014. La banque espère de cette manière maintenir la consommation des ménages, qui s'était légèrement améliorée ces derniers mois, mais qui menace maintenant de s'effondrer à nouveau. "Mieux vaut agir de manière préventive", souligne-t-elle toutefois pour n'affoler personne.
Car l'épidémie tombe au plus mauvais moment qui soit. La croissance du PIB (produit intérieur brut) du pays n'a été que de 0,8% au premier trimestre, comparée au trimestre précédent. Sur un an, elle ne dépasse pas 2,5%, soit un rythme plus faible que les 2,7% qui avaient été enregistrés au quatrième trimestre de 2014. L''Institut coréen du développement (KDI) a ramené ses prévisions pour l'ensemble de l'année 2015 à 3% contre 3,5% auparavant, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a réduit les siennes de 3,8% à 3% et la Banque de Corée reste la seule à tabler sur une augmentation de 3,1% au lieu des 3,4% qu'elle espérait encore au début de l'année.
Pour faire bonne mesure les exportations, de leur côté, plongent. Elles ont baissé de 10,9% en mai sur un mois, leur plus fort recul depuis six mois. Elles s'étaient replié de 0,9% en janvier, de 3,3% en février, de 4,3% en mars et de 8,1% en avril. Rien ne permet de penser qu'elles vont se redresser en raison du ralentissement de l'économie chinoise, de la morosité de l'Europe et du renchérissement de la monnaie, le won, en particulier face au yen japonais. Or ces exportations représentent près de la moitié du produit intérieur brut de la péninsule.
L'endettement des ménages, un fléau national
Le gouvernement a apporté une première subvention de 1,2 milliard de wons (8,2 millions d'euros) aux provinces de Séoul, de Daejon, de Gyeonggi, de Chungcheong du Sud et de Jeolla du Nord. Le ministère de la Santé publique a annoncé une aide supplémentaire aux régions de 2,3 milliards de wons (16,1 millions d'euros). Gyeonggi, où l'épidémie a commencé, recevra 500 millions de wons. Séoul, Daejon, Chungcheong et Jeolla toucheront 200 millions de wons chacune, et les autres 100 millions par ville touchée. Cet argent servira à acheter des stérilisateurs, des équipements de quarantaine, à traiter les déchets biologiques et à lancer des manuels pour que les Coréens sachent comment se protéger.
Le ministère des Finances, quant à lui, promet des soutiens financiers et des allègements de taxes pour les petites et moyennes entreprises, notamment celles qui travaillent dans les domaines touristiques. Elles devraient avoisiner 400 milliards de wons (320 millions d'euros).
Le monde des affaires se mobilise également. Cinq grandes centrales patronales, dont la Fédération des industries coréennes (FKI), l'Association coréenne du commerce international (KITA) et la Fédération des employeurs coréens (KEF) assurent le gouvernement de leur soutien et promettent de poursuivre leurs activités comme d'habitude en prenant des mesures pour assurer la sécurité maximale de leurs employés. Toutes entendent continuer à travailler normalement. Mais elles reconnaissent que "les inquiétudes grandissantes de la population ont un impact sur la consommation, les investissements et ont affaibli l'économie réelle". Avant d'ajouter: "nous appelons aussi la population à continuer ses activités économiques de tous les jours".
Mobilisation générale, donc, mais la décision de la banque centrale d'abaisser son taux d'intérêt directeur risque fort d'avoir un effet pervers lourd de conséquences lui aussi. Elle ne va pas manquer d'augmenter l'endettement des ménages. Il atteint, à 465,1 milliards d'euros, 160% du revenu moyen disponible des Coréens. Un véritable fléau pour le pays.
 
Arnaud Rodier, juin 2015

 

 

 

 

 

 

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