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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

HONGKONG-SHANGHAI, LE MONSTRE QUI FAIT TREMBLER LES MARCHÉS
 

La méga bourse Hongkong-Shanghai, que devrait rejoindre Shenzhen dans deux ans, renvoie Londres au rang de petit challenger. Elle fait même rêver Tokyo qui pourrait s'y associer.

 
Le Président chinois Xi Jinping et le chef de l'Exécutif hongkongais, Leung Chun-ying, ont finalement décidé de passer en force. En dépit des manifestations pour des élections libres en 2017, qui continuent de paralyser la Région administrative spéciale, les bourses de Hongkong et de Shanghai ont bien fusionné le 17 novembre 2014.
Les émeutes avaient entrainé le report de l'opération, prévue initialement début octobre. Mais les affaires de Hongkong "sont des affaires internes à la Chine" dans lesquelles "les étrangers ne doivent en aucune façon interférer", martelle Pékin, qui rappelle que "l'occupation du quartier de Central est un mouvement illégal". La politique est donc passée après l'économie, quel que soit le sentiment des hommes d'affaires.
Le lancement du "Shanghai-Hongkong Stock Connect" marque le démarrage d'un nouveau marché financier sans précédent en Asie. Il va permettre aux investisseurs du monde entier d'avoir accès, via l'ancienne colonie britannique, à des titres cotés à Shanghai. Et, pour leur part, les Chinois pourront acheter des actions inscrites à Hongkong. Jusqu'à présent, seuls des gestionnaires de fonds sélectionnés pouvaient investir, de façon limitée, sur les marchés chinois.
Avec une capitalisation globale de quelque 4 500 milliards d'euros, les deux places deviennent de fait la troisième bourse mondiale, derrière le New York Stock Exchange et le Nasdaq, mais devant Londres. Les transactions effectuées chaque jour dans les deux sens devraient représenter 3,05 milliards d'euros en régime de croisière. Elles pourraient aussi drainer vers elle l'épargne chinoise qui est encore à 70% placée en liquide dans des banques, et investie pour le reste dans l'immobilier.
Une autre grande bourse chinoise, celle de Shenzen, prévoit de rejoindre le programme dans les deux prochaines années, ce qui porterait la capitalisation boursière de l'ensemble à plus de 5 600 milliards d'euros. Une somme très largement suffisante pour allécher les Japonais dont l'un des principaux opérateurs boursier, Japan Exchange Group, ne cache pas son intention de se rapprocher des Chinois. Sans préciser de quelle manière, mais il vient, comme par hasard, d'ouvrir le mois dernier un bureau à Hongkong.

Internationnalisation du yuan

Prudents cependant, les Chinois n'ouvrent pas toutes les vannes en même temps. Le volume des fonds étrangers en direction de Shanghai ne devra pas dépasser 300 milliards de yuans (39,2 milliards d'euros) et 560 titres seront concernés sur les 970 que comprend la bourse. De même, les mouvements vers Hongkong sont plafonnés à 250 milliards de yuans (32,7 milliards d'euros et seulement 266 titres seront disponibles sur un total d'environ 1 700. Les bourses veulent éviter une fuite massive de capitaux non maitrisés. Reste aussi un point à éclaircir en ce qui concerne la fiscalité. Pékin applique en effet un prélèvement de 10% sur les plus-values réalisées par les investisseurs non résidents, alors qu'elles sont exonérées à Hongkong.
Il n'empêche que cette méga bourse va immédiatement doper la libéralisation des mouvements de capitaux en Chine et accélérer l'internationalisation du yuan, également appelé renminbi, la monnaie du peuple. C'est un test pour ouvrir les marchés de capitaux chinois. C'est un coup de fouet pour une utilisation élargie du yuan à l'étranger. Ces deux dernières années, Pékin a mis en place des structures de compensation à Londres, à Singapour, à Paris, au Qatar, pour faciliter les transactions et les investissements libellés en renminbi. Il ne représente qu'environ 1,5% des opérations financières dans le monde, mais c'est deux fois plus que l'an dernier. Et il est désormais la septième monnaie internationale!
"Le lien entre les marchés des actions de Hongkong et de Shanghai va porter le développement de ses activités à de nouveaux sommets", promet Norman Chan, le directeur général de l'Autorité monétaire de Hongkong. On ne peut guère imaginer plus belle reconnaissance du virage de la Chine vers le capitalisme.
Arnaud Rodier, novembre 2014