Restons connectés

 

L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

AU JAPON, LA HAUSSE DE LA TVA DÉCHIRE L'ARCHIPEL
 

Poussé par la Banque du Japon à augmenter la TVA, le Premier ministre Shinzo Abe est tiraillé au sein de son propre parti et ne veut pas se mettre à dos la majorité de la population nippone.

 
La guerre est ouverte au sein des pouvoirs publics. Pour le chef du département des Finances du parti au pouvoir, le LDP (liberal democratic parti), Masahiko Shibayama, l'économie japonaise n'est "pas assez solide pour supporter un autre augmentation de la TVA". Le Premier ministre, Shinzo Abe, avait fait passer la taxe sur les produits, équivalent de la taxe à la valeur ajoutée, de 5% à 8% le 1er avril dernier et il prévoit de la porter à 10% l'an prochain pour tenter de réduire la dette colossale du pays.
À 11 444 milliards de dollars, elle atteint 249% du PIB (produit intérieur brut). Le record mondial! Seule consolation, cette dette publique est détenue à 90% par les Japonais eux-mêmes contrairement à la France, par exemple, où elle est à 65% entre les mains d'investisseurs étrangers. Mais la hausse de la TVA a fait plonger la consommation des ménages de 5% entre le début du mois d'avril et la fin août. Il a fallu attendre septembre pour qu'elle remonte. Sur l'ensemble du troisième trimestre, les ventes au détail ont progressé de 1,4%, mais elles avaient chuté de 1,8% au trimestre précédent. Ce rebond "confirme que la consommation privée se reprend", souligne Capital Economics. Mais il est précaire.
La Banque du Japon (BoJ), la banque centrale, ne s'y est pas trompé, elle qui contre toute attente a décidé vendredi 31 octobre d'augmenter encore son programme de rachats d'actifs pour le porter à 80 000 milliards de yens (575 milliards d'euros), soit 30 000 milliards de plus qu'auparavant. "La faiblesse de la demande domestique (...) et la forte baisse des prix du pétrole pèsent sur les prix", explique-t-elle. Et, plutôt pessimiste, elle ne s'attend plus qu'à une croissance de 0,5% pour l'exercice fiscal se terminant le 31 mars 2015, contre 1% anticipé en juillet dernier.
Bombe à retardement
La banque estime que l'archipel est sur la bonne voie pour atteindre son objectif d'inflation de 2% en 2015. Elle reconnaît que la politique du gouvernement a conduit à une "nette dépréciation" de la monnaie nippone face aux autres grandes devises. Mais elle juge que la baisse du yen "a jusqu'à présent eu un effet positif sur l'économie japonaise". Du coup, son gouverneur, Haruhiko Kuroda, défend une deuxième augmentation de la TVA à l'automne 2015. A ses yeux, si elle était différée, "il serait difficile de répondre à une éventuelle perte de confiance dans la politique financière du Japon.
Le Premier ministre, Shinzo Abe, a annoncé qu'il voulait attendre les résultats de la croissance du Japon au troisième trimestre pour prendre une décision en décembre. Mais une enquête réalisée fin octobre auprès de la population nippone montre que 66% des ménages japonais sont opposés à une TVA à 10%. Et, de leur côté, les petites et moyennes entreprises la redoutent aussi. En octobre, l'indice qui marque leur confiance dans l'économie a encore reculé, pour le troisème mois consécutif. "On est loin d'une vraie reprise de la consommation ", inssite Masahiko Shibayama, qui réclame le report de cette taxe au moins jusqu'en avril 2017.
Pressé par la Banque du Japon d'agir au nom de la crédibilité politique de l'archipel, tiraillé au sein de son propre parti mais soucieux de ne pas se mettre à dos la majorité de la population, Shinzo Abe a aujourd'hui une bombe à retardement placée sous son fauteuil de Premier ministre.
Arnaud Rodier, octobre 2014