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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CHINE JETTE LE PIB AUX ORTIES

 

Le gouvernement chinois a décidé que la notion de PIB (produit intérieur brut) dans le calcul de la croissance faisait partie d'un autre âge.

 

Quand les chiffres ne plaisent pas, quoi de plus simple que de les supprimer purement et simplement? La Chine ne surfe plus sur une croissance à deux chiffres, et le monde entier s’inquiète régulièrement d’un essoufflement du produit intérieur brut (PIB) de la deuxième puissance mondiale.
Pékin s’en agace, mais le gouvernement a trouvé la parade. Il va mettre en place un tout nouveau régime comptable qui, explique l’agence de presse officielle Xinhua mettra un terme à la
« suprématie du PIB ». Ce mode de calcul de la croissance, unanimement reconnu sur tout le globe, ne le sera plus par la Chine qui entend instaurer désormais un modèle « axé sur un développement économique, social et environnemental plus équilibré ».
Selon le Bureau d'Etat des statistiques (BES), le nouvel indicateur, dont on ne connaît pas encore le nom, prendra en compte « l'optimisation structurelle, la modernisation industrielle, l'innovation, la protection de l'environnement, et l'amélioration du niveau de vie de la population ». Soit, au total, pas moins de quarante indices, dont le ratio de la dette publique par rapport aux recettes budgétaires, la consommation des habitants, le taux d'urbanisation, le poids des dépenses de recherche et développement dans le produit intérieur brut, ou encore la réduction de la pollution.
Il sera, comme le PIB, publié régulièrement par les pouvoirs publics dont le pied de nez à l’Europe et aux États-Unis n’échappera à personne. Mais quand on connaît l’absence de fiabilité des chiffres en Chine, on peut s’interroger sur les complications qu’un tel système ne va pas manquer d’entrainer.
Le Fonds monétaire international (FMI), qui se montre très pessimiste sur la croissance mondiale, s’affirme pourtant très confiant sur la Chine. Il vient a confirmé sa prévision d'une croissance de 7,4% pour 2014, à peine inférieure aux 7,5% officiellement promis par Pékin. Il pense qu’elle tomera à 7,1% en 2015, mais le Fonds basé à Washington qu’un « léger ralentissement est considéré comme une saine évolution ».
Et d’ajouter qu’en dépit de « risques à court terme » sur un marché immobilier en surchauffe, « conformément aux objectifs du gouvernement chinois », le pays maintiendra une croissance
« élevée » cette année, en particulier grâce aux mesures de soutien à l’activité qui continuent d’être mises en place. « Après un premier trimestre décevant, ces mesures ont favorisé une accélération de la croissance au deuxième trimestre », précise-t-elle. Difficile d’obtenir une meilleure note de la part des Américains.
Certes, des menaces existent, notamment dans la construction des nouveaux logements, moteur majeur de l’acidité en Chine, mais dont le développement frénétique s’est accompagné d’une flambée des prix qui ne met pas le pays à l’abri d’une bulle que l’État ne pourrait plus contrôler. Et le Fonds monétaire international insiste sur le déséquilibre croissant du marché avec des surévaluations de prix dans des grandes villes et des offres excédentaires dans les petites villes.
Les banques, et plus généralement la finance, son exposées. Mais, ajoute le Fonds, la Chine a « encore la capacité d'absorber et de répondre à ce type de chocs ».
Alors pourquoi choisir ce moment pour envoyer au diable le sacro-saint PIB qui lui réussit si bien? Le Premier ministre Li Keqiang a récemment rappelé que la priorité de la Chine était aujourd’hui le « contrôle » structurel du pays et que les efforts du gouvernement devaient être de mieux coordonner la « stabilisation de la croissance, la promotion de la réforme, le réajustement de la structure, l'amélioration du niveau de vie de la population et la prévention des risques », précise l’agence Xinhua.
Et, surtout, le Premier ministre a ajouté qu’il n’était plus question que le gouvernement soit « distrait par le fluctuations mineures d’indicateurs individuels »! Exit donc le produit intérieur brut cher aux pays Occidentaux.
Le propos est clair. Le gouvernement chinois, sous prétexte de bien être et de croissance équilibrée prend symboliquement ses distances avec les grandes puissance industrialisées. Il montre aussi, comme il l’a fait en ne cédant pas, malgré les pressions internationales, sur la réévaluation de sa monnaie, le yuan, autre appellation du renminbi, qu’il continuera de mener le développement du pays à son rythme et comme il l’entend. Et lui seul.
Arnaud Rodier, octobre 2014