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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

26 000 MILLIARDS DE DOLLARS À TROUVER D'ICI À 2030

 

Les besoins en infrastructures en Asie dépassent 1 700 milliard de dollars par an, selon la Banque Asiatique de Développement.

 

Le Medef en revient. Son président, Pierre Gattaz s'est rendu en Indonésie et en Malaisie à la tête d'une délégation de 35 entreprises françaises. Son but: "doper les affaires" dans les domaines de l'énergie, des transports, de l'agroalimentaire, de la santé et du tourisme.
François Hollande, lui, se prépare à y aller. Le chef de l'État sera en tournée du 26 au 30 mars en Indonésie, en Malaisie et à Singapour.
Il est temps que la France se réveille dans cette partie du monde où elle n'a longtemps vu que la Chine comme terrain de conquête.
Les chantiers sont colossaux. Selon le tout dernier rapport de la Banque Asiatique de Développement (BAD), publié à Hongkong le 28 février, les besoins en infrastructures dans les pays en développement en Asie et dans le Pacifique vont dépasser les 22 600 milliards de dollars d'ici à 2030, soit 1 500 milliard de dollars par an. Mais si l'on prend en compte le coût de la limitation des risques climatiques et les adaptations qui seront nécessaires pour y répondre, c'est 26 000,milliards de dollars qu'il faudra débloquer, soit plus de 1 700 milliard par an entre 2016 et 2030.
Ni eau, ni électricité
Le manque de ports, de chemins de fer, de routes, empêche la région de se connecter correctement aux marchés nationaux et mondiaux. 400 millions de personnes vivent encore sans électricité, 300 millions n'ont pas accès à l'eau potable. 1,5 milliard d'habitants n'ont même pas des conditions sanitaires de base.
Énergie, transports, télécommunications, adduction d'eau, traitement des eaux, "la demande en infrastructures dépasse de très loin l'offre actuelle", s'alarme le président de l'ADB, Takehiko Nakao.
Ce chiffre de 1 700 milliard de dollars représente le double des estimations qui avaient été faites en 2009 par la banque. Et actuellement la région n'investit que 881 milliards par an dans ses infrastructures. C'est nettement insuffisant.
Aucun gouvernement ne peut faire face
Concrètement, cela veut dire que la Région Pacifique devra y consacrer 9,1% de son PIB (produit intérieur brut) dans les quinze prochaines années, l'Asie du Sud 8,8%, l'Asie Centrale 7,8%, l'Asie du Sud-Est 5,7% et l'Asie de l'Est 5,2%. De la Chine aux Philippines en passant par l'Indonésie et la Malaisie, aucun gouvernement ne peut y faire face.
Même en se lançant dans des réformes fiscales tous azimuts, la moyenne des fonds publics destinés aux infrastructures et au réchauffement climatique, ne dépasserait pas 40% des besoins, calcule la Banque Asiatique de Développement. Il faudrait donc que des fonds privés prennent en charge 60% des dépenses, ce qui les obligera à mobiliser 250 milliards de dollars par an entre 2016 et 2020, contre 63 milliards aujourd'hui. Mais encore faut-il les trouver.
Réformes institutionnelles
"La participation du secteur privé est cruciale", martèle l'ADB. Mais sa propre marge de manoeuvre est très faible. Elle entend promouvoir partout les partenariats public-privé, mais elle ne peut pas les initier. Toutes réunies, les banques multilatérales de développement, dont elle fait évidemment partie, n'ont jusqu'à présent réussi qu'à contribuer à hauteur de 2,5% aux investissements d'infrastructures dans l'Asie émergente. Un chiffre qui grimpe à 10% si l'on exclut la Chine et l'Inde. C'est peu.
"Des réformes institutionnelles et de régulation sont nécessaires pour rendre les investissements plus attrayants pour les investisseurs privés", insiste la BAD. Il faut de nouvelles lois, une simplification des procédures, des appels d'offres véritablement ouverts, moins de conflits entre les diverses administrations publiques, et, surtout, "rediriger les capitaux importants de la région dans des projets productifs d'investissements d'infrastructures".
COP 21
Combien de pays sont-ils prêts à s'y lancer?
Rien que pour respecter les engagements de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21) et respecter l'engagement de limitation du réchauffement climatique à 2 degrés d'ici à 2100, il va falloir  qu'ils y consacrent 5,9% de leur PIB. Or, dans le meilleur des cas, les financements publics ne pourront en prendre que 39% en charge. 61% des dépenses devront être assurées par le secteur privé.
C'est un pari à haut risque. "Mais il est vital", tranche la Banque Asiatique de Développement. A charge pour les pays d'Asie de réussir à construire l'environnement qui attirera les investissements privés, locaux ou étrangers, pour un "partenariat gagnant-gagnant".
 
 
 
Arnaud Rodier, mars 2017