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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CHINE, NOUVEAU MAÎTRE DU MONDE

 

La reconnaissance par le FMI du yuan en tant que monnaie de réserve internationale consacre le poids de l'économie chinoise. Mais elle n'est que la partie émergée de l'iceberg.

 

Le chiffre à lui seul fait trembler. La Chine va investir 1 000 milliards de dollars à l'étranger au cours des cinq prochaines années. Et sa nouvelle Banque  Asiatique d'Investissement pour les Infrastructures (BAII) prévoit de débloquer entre 10 milliards et 15 milliards de dollars par an d'ici 2020.
Rien n'arrête la deuxième économie mondiale. Et nul doute qu'elle ne va pas tarder à dépasser les États-Unis.
Pékin vient de décrocher la consécration internationale avec la décision du FMI (Fonds monétaire international), prise le 30 novembre, d'inclure le renminbi, autre appellation du yuan, la monnaie du pays, dans le panier des droits de tirages spéciaux. Il deviendra à partir du 1er octobre 2016 la cinquième devise dite de "réserve internationale", au même titre que le dollar, l'euro, le yen japonais et la livre sterling britannique. Il pèsera, avec une pondération de 10,92%, moins lourd que le billet vert (41,73%) et que la monnaie européenne (30,93%), mais beaucoup plus que le yen (8,33%) et la livre (8,09%).
Pour Christine Lagarde, directrice générale du FMI, c'est une "étape importante pour l'intégration de l'économie chinoise dans le système financier mondial". C'est également une "reconnaissance des progrès réalisés par les autorités de Pékin" qui contribuera à construire une architecture "plus solide" et "favorisera la croissance et la stabilité" du pays. Une vraie couronne de lauriers.
Pleine convertibilité dans cinq ans
Les autorités chinoises avaient jusqu'à présent choisi une internationalisation du yuan sans convertibilité. Il ne peut toujours pas être échangé librement contre d'autres devises. Il faut passer par des accords de "swaps" et des échanges entre banques centrales. Il en existe avec pas moins de 32 pays et ils dépassent aujourd'hui les 470 milliards de dollars, selon la Banque populaire de Chine. L'entrée du renminbi dans le panier des droits de tirages spéciaux va forcément conduire à une plus grande utilisation de la monnaie chinoise en même temps qu'elle va accroître sa convertibilité.
Le FMI en profite pour la féliciter de ces réformes et la pousser à en faire plus. Ce dont elle ne se prive pas. Le gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, s'engage à rendre le yuan convertible et utilisable comme le dollar dans cinq ans. Il estime qu'à cette date plus du tiers du commerce mondial sera réalisé avec la monnaie chinoise.
Cette dernière est déjà la cinquième monnaie la plus utilisée dans les paiements trans-frontaliers de la Chine et la première pour les échanges intra-régionaux en Asie-Pacifique.
Pékin présidera aussi le G20, le groupe des vingt pays les plus riches du monde, l'an prochain. Leur sommet aura lieu début septembre 2016 dans la ville de Hangzhou. La Chine était, malgré elle compte tenu de sa situation catastrophique en matière de pollution, la vedette de la Conférence Climat à Paris, la COP21. Elle joue désormais dans la cour des grands. Et met en coupe réglée toute l'Afrique.
Dangereuse dépendance de l'Afrique
Le sommet Chine-Afrique des 4 et 5 décembre 2015 à Johannesburg met parfaitement en évidence la dépendance de plus en plus dangereuse du continent africain vis à vis des Chinois. Avec le ralentissement de la croissance du pays, inférieure à 7% au troisième trimestre, les importations de la Chine en provenance d'Afrique ont plongé de 43% entre janvier et juin dernier. Et ses investissements ont reculé de 40%, fragilisant sérieusement de nombreux états comme la Côte d'Ivoire, la Zambie, le Nigéria, l'Ethiopie.
"On donne trop d'importance aux matières premières dans la croissance africaine", regrettent les Nations unies. "Le commerce Chine-Afrique devra se recentrer sur des types d'investissements qui ne dépendent plus seulement des ressources minières". La Chine le sait. Mais rien ne l'arrête. Et elle promet encore 60 milliards de dollars d'aide.
Pied de nez aux États-Unis
Cependant elle n'a pas fait que des bonnes affaires à l'étranger ces dernières années. "Elle a dépensé beaucoup d'argent pour un faible retour sur investissement", déplore l'American Enterprise Institute de Washington. "Plus d'un dollar sur trois dépensés l'a été en pure perte".
Mais Pékin a une arme imparable, sa fameuse banque Banque d'Investissement, dotée d'un capital de 100 milliards de dollars. Plusieurs dizaines de pays sont d'accord pour la rejoindre. La Chine ne veut surtout pas la limiter à l'Asie. La quasi totalité de l'Union européenne l'a fait, à commencer par la France.  La Grande-Bretagne en est membre fondateur. Et a Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) souhaite travailler de plus en plus étroitement étroitement avec Pékin.
La Chine inéluctablement renforce son emprise. A tel point que le journal Global Times, intimement lié au pouvoir, parle du "triomphe" de l'économie chinoise. Une "économie dont la gouvernance est reconnue par le monde entier".
Et d'ajouter que, du coup, le grand accord de libre échange trans-pacifique (TPP, ou Trans-Pacific Partnership) porté à bout de bras par les États-Unis, qui englobe les principaux pays d'Asie et plusieurs pays d'Amérique Latine mais pas la Chine, ne pourra jamais se faire sans Pékin. Faute de quoi il ne mériterait même pas son nom.
 
 
 
Arnaud Rodier, décembre 2015