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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

POLÉMIQUE AUTOUR DE LA CROISSANCE CHINOISE

 

Gonflées, comme le disent certains, ou pas, les statistiques de l'État sont bel et bien le reflet d'une Chine en pleine révolution

 

C'est chaque fois la même chose. La Chine fait peur à tout le monde en prévenant la terre entière que son économie va mal. Puis elle publie des chiffres qui font pâlir l'Europe et les États-Unis.
La hausse du PIB (produit intérieur brut) chinois a été de 7% au deuxième trimestre 2005. Aussi forte qu'au premier trimestre alors que tous les analystes prévoyaient qu'elle ne dépasserait pas 6,8% dans le meilleur des cas. Et fort de ce chiffre, le Premier ministre Li Keqiang promet aujourd'hui que la croissance chinoise conservera ce rythme sur l'ensemble de l'année 2015. Et un porte-parole du Bureau d'État des Statistiques estime même que "la croissance de l'économie au deuxième semestre de l'année dépassera très probablement celle du premier semestre".
Entre début janvier et fin juin, le secteur des services a progressé de 8,4%, celui de l'industrie et de la production minière de 6,1% et celui de l'agriculture de 3,5%. Les investissements dans l'immobilier ont augmenté de 4,6 tandis que les ventes au détail des biens de consommation ont bondi de 10,4%. Il est vrai que dans le même temps plus de 7 millions d'emplois ont été créés dans les régions urbaines sur les 10 millions promis par le gouvernement pour 2015.
Mais les statistiques chinoises sont fausses, affirme le cabinet londonien Capital Economic's. "La manière dont le pays calcule son PIB est imprécise. Nous continuons à croire qu'il y a un problème. Nous pensons que, tout comme pour le premier trimestre, la hausse de la croissance chinoise est surévaluée de 1 à 2 points de pourcentage", tranche Mark Williams, chef économiste pour l'Asie.
La polémique n'est pas nouvelle, mais il n'empêche que justes ou pas les chiffre des statistiques chinoises témoignent d'un changement en profondeur du pays.
Alors que les exportations de la Chine, longtemps le principal moteur de l'économie, avec l'industrie lourde, ont baissé de près de 7% au premier semestre, les ventes au détail, véritable baromètre de la consommation des ménages, ont explosé. Partout, et pas seulement dans les grandes ville, Pékin, Shanghai, Canton, les Chinois achètent. "C'est à l'avenir la consommation qui va piloter la croissance chinoise, pas l'investissement", prédit un économiste du Crédit Suisse, installé à Hongkong et cité par l'agence Bloomberg.
Depuis le début de l'année, cette consommation, prise au sens large en y incluant les services, aurait contribué à créer 60% de la croissance du pays et de ses 1,4 milliard d'habitants, selon le Bureau d'État des Statistiques. Et les services à eux seuls représentent 49,5% du PIB chinois.
Un véritable renversement de tendance poussé par la hausse des salaires qui progresse encore plus vite que le produit intérieur brut. Les salaires mensuels des migrants ont augmenté de 9,8% au premier semestre, et ceux résidents à la campagne et dans les villes de 9%.
Explosion de nouvelles villes
Le gouvernement pousse ces hausses pour stimuler la croissance interne. Et c'est d'autant plus facile pour lui que l'État a encore la haute main sur les grandes entreprises et sur la majorité de l'économie chinoise. La Banque centrale obéit. Elle a abaissé à quatre reprise ses taux d'intérêt depuis le mois de novembre 2014 pour donner un coup de pouce à l'investissement. On s'attend à une baisse supplémentaire avant la fin de l'année. Et si jusqu'en juin la bourse de Shanghai a connu un engouement effréné, elle a aussi subi un retournement spectaculaire en perdant, mi-juin, 30% en trois semaines après avoir gagné 154% sur l'année! "Les fondations de la stabilisation de l'économie chinoise ont encore besoin d'être consolidées", observe laconique un membre du Bureau d'État des Statistiques.
Mais la Chine change. Et elle change vite. Sur les 100 villes les plus riches en Asie, 49 sont désormais en Chine, si l'on en croit le dernier rapport de la Brookings Institution qui se fonde sur la richesse moyenne par habitant.
Foshan, près de Canton, est devenue en quelques années un capitale des services. Shaoxing et ses 5 millions d'habitants dans le Zhejiang explose. Xiamen, Zhuhai, Dalian, Qindao se posent tout à la fois en ports de commerce reliés au monde entier et en nouveaux paradis pour le touristes. Suzhou, près de Shanghai, la petite Venise des écrivains, est aujourd'hui l'une des villes les plus riches de Chine. Si elle était un pays, elle arriverait même au quarantième rang des pays les pus riches dans le monde! La haute-technologie pèse pour 45% dans son activité actuelle. Et sa petite voisine, Hangzhou, avec son lac, ses pagodes et ses jardins a attiré plus de 100 millions de visiteurs l'an dernier.
Les chiffres du PIB chinois, et les autres, qu'ils soient gonflés ou pas, sont bel et bien le reflet d'une Chine en pleine révolution.
 
Arnaud Rodier, juillet 2015