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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

VIVRE VIEUX OUI, MAIS VIVRE MIEUX

 

De l'Asie du Sud-Est au Japon en passant par la Chine, la population vieillit plus vite que dans toutes les autres régions du monde

 

La COP21, la conférence climat de Paris, n'y a rien changé. La confrontation pays riches pays pauvres reste plus exacerbée que jamais. La Chine, le plus grand pollueur, l'Inde, l'Indonésie, tous opposent le besoin d'une croissance forte pour sortir de la pauvreté à la nécessité de sauver la planète.
Croissance d'autant plus importante que les gens vivent de plus en plus longtemps. Mais cette longévité à un coût. Particulièrement en Asie. Plus du tiers de la population mondiale de plus de 65 ans vit dans cette partie du globe. Et les pays qu'elle abrite ne sont pas encore prêts à y faire face économiquement.
Le cri d'alarme de la Banque Mondiale, dans le rapport qu'elle vient de publier, est sans appel. De l'Asie du Sud-Est au Japon en passant par la Chine, la population "vieillit plus vite que dans toute autre région", écrit-elle. Et de préciser: "d'ici 2040, la population âgée pourrait dépasser la population en âge de travailler de plus de 15% en Corée et de plus de 10% en Chine, en Thaïlande et au Japon".
La banque recommande sans attendre des "mesures choc" pour que la croissance de l'Asie ne soit pas "ruinée" par les effets du vieillissement. Il faut à ses yeux "permettre aux jeunes mères de reprendre le chemin du travail grâce au développement des crèches, repousser l'âge de la retraite et ouvrir le marché du travail à l'immigration".
En Corée du Sud, la présidente Park Geun-hye réclame des "efforts drastiques" pour augmenter le taux de natalité, dont elle attribue la faiblesse au manque d'emplois et au recul de l'âge du mariage. Le gouvernement a débloqué 68 milliards de dollars depuis 2005 pour faire remonter le nombre d'enfants de 1,08 à 1,2 par femme. Mais il est toujours parmi les plus bas des pays membres de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Et très loin de l'indice de fécondité de 2,1% exigé pour maintenir la stabilité économique dans la péninsule.
En 2017, 14% des Sud-Coréens auront 65 ans ou plus. Le seul moyen d'y faire face est de réformer en profondeur le marché du travail pour créer des emplois pour les jeunes et d'augmenter le nombre des emplois à plein temps.
Je continue parce que je suis en bonne santé
Emplois qui, dans toute l'Asie, vont concerner des populations de plus en plus âgées. Au Japon et en Corée du Sud le moment du départ à la retraite est déjà le plus tardif de tous les pays de l'OCDE. Mais en Chine ou au Vietnam ce n'est pas le cas. Or il vont devoir suivre s'ils veulent pouvoir faire face au vieillissement de leurs populations. Encore faut-il pouvoir garder un emploi.
"Je ne suis pas certain que ma famille et mes petits-enfants pourront prendre soin de moi quand je ne travaillerai plus. Donc je continue parce que je suis en bonne santé", dit un Thaïlandais interrogé par la Banque mondiale. C'est un vrai souci. En Corée du Sud moins d'un tiers des 65-70 ans vivent avec leurs enfants. Ils ne sont que 43% en Chine, contre 70% au début des années 80. Du coup, ils sont de plus en plus nombreux à ne plus dépendre que de leur travail. "C'est pourquoi il faut absolument que je reste en bonne santé pour pouvoir continuer", résume une Coréenne. Et à Pékin, ce Chinois à la retraite dès 56 ans, qui touche 500 dollars de pension par mois, a décidé de travailler à temps partiel.
Pas assez de jeunes d'un côté, trop de personnes âgées de l'autre, l'immigration pourrait être une solution pour assurer l'équilibre social. Mais elle passe mal. Si à Hongkong, à Singapour, et même en Chine, les étrangers représentent une part importante de la population active, au Japon et en Corée, ils ne dépassent pas 2%. "Dans la tranche des 25-35 ans, ils pourraient monter à 10%", préconise la Banque Mondiale.
Robots intelligents et polyvalents
Et elle s'inquiète de l'isolement croissant des plus 65 ans dans un monde où plusieurs générations sous un même toit était la tradition. "Les populations en Asie attendent désormais que les États jouent un rôle de plus en plus important pour les aider", souligne-t-elle. Mais cela a un prix. Les dépense publiques pour les pensions et la santé vont passer, s'il n'y a pas de réformes, de 8% à 12% du PIB (produit intérieur brut) en 2070.
La télé-médecine va aussi jouer un grand rôle pour les pays les plus développés de la région. Avec des robots de plus en plus intelligents et de plus en plus polyvalents. Ils devraient permettre d'ici un dizaine d'année de maintenir à domicile dans problème un très grand nombre de personnes âgée. Certains savent déjà reconnaître des personnes grâce à leur visage ou au son de leur voix. Avec eux, les dépenses de prise en charge de la dépendance dans les pays de l'OCDE pourraient être multipliées par 2,5 d'ici 2050, pour atteindre 5% di PIB.
Pour une cinquantaine d'experts, réunis récemment en congrès à Salzbourg, il ne faut cependant pas se focaliser sur le "challenge du vieillissement", mais plutôt y voir une "fabuleuse opportunité pour notre société". A condition, insistait un rapport de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) en octobre dernier, que les pouvoirs publics mettent en oeuvre des politiques qui permettent aux seniors de continuer à jouer un rôle actif dans la société.
Et de conclure que "leurs contributions sont souvent ignorées tandis que les contraintes que le vieillissement de la population fera peser sur la société sont souvent exagérées".
 
 
 
Arnaud Rodier, décembre 2015