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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CORÉE DU SUD: LA LUNE DE MIEL DE MADAME PARK EST TERMINÉE
 

Faute de redonner du pouvoir d'achat aux sud-Coréens, la Présidente est lachée par la population. Mais elle se heurte aux entreprises qui ne veulent pas entendre parler de hausse des salaires.

 
Moins de deux ans après son arrivée au pouvoir, en février 2013, la présidente Park Geun-hye peine à convaincre. Elle a parié sur  "l'économie créative" et appelle son gouvernement à réussir une "innovation de trois ans pour se préparer à une croissance de 30 ans". Malheureusement la formule sonne creux aux oreilles des sud-Coréeens.
La Banque de Corée (BOK), la banque centrale, vient de réviser sa prévision de croissance pour cette année de 3,8% à 3,4%. Elle juge que l'économie reste fragile en raison de la faiblesse de la consommation, de la difficulté à trouver des emplois, de la baisse de confiance des consommateurs et de la hausse de l'endettement des ménages.
Un rapport, remis récemment à la Maison Bleue, l'équivalent de l'Élysée à Séoul, par six ministères, ceux des Finances, de l'Emploi, des Transports, de l'Agriculture, des Pêches, et du Commerce, pointe du doigt la nécéssité de ne pas seulement se focaliser sur les exportation, mais de relancer le pouvoir d'achat des Coréens. C'est à ce prix seulement que le gouvernement parviendra à faire aboutir son plan de trois ans qui prévoit une croisssance annuelle de 4% et un taux de plein emploi de 70%. "Mais elle ne prend pas de mesures suffisemment concrêtes pour améliorer réellement la vie des gens ordinaires", entend-on de plus en plus fréquemment dans la rue.
Selon la banque britannique HSBC, il est aujourd'hui "plus important d'augmenter les salaires que de faire croître les dividendes dans le entreprises". Et dans son rapport 2015 sur les perspectives économiques de la Corée du Sud, elle reconnaît que les efforts pour améliorer les conditions de travail et le pouvoir d'achat sont insuffisants.
Mais les entreprises rechignent en avançant que la situation internationale est mauvaise. La Fédération des Employeurs dénonce en particulier le manque de flexibilité dans le marché du travail et le problème des travailleurs réguliers et irréguliers. Ces derniers sont de plus en plus nombreux et précarisés. C'est ce que la Confédération coréenne des syndicats voudrait voir changer le plus rapidement possible.
Endettement des ménages
Le gouvernement, lui, est embarrassé. Il se plaint que de nombreuses entreprises publiques sont "inefficaces" et prévoit de leur imposer une nouvelle loi en avril prochain. Elle introduirait, véritable révolution en Corée, une grille des salaires au mérite et non plus à l'ancienneté. A l'heure actuelle, seuls les très hauts cadres sont payés en partie en fonction de leurs performances. Cette loi obligerait aussi les groupes publics à embaucher à temps plein les salariés à temps partiel dès lors qu'ils ont donné satisfaction pedant deux ans. Mais l'État, en revanche, ne peut rien faire vis à vis des "chaebols", les grands congomérats privés qui dominent la Corée, nis vis à vis ni des milliers de petites et moyennes entreprises que compte le pays.
C'est pourtant en améliorant le niveau de vie des ménages qu'il peut espérer alléger les dettes de ces derniers. Elles sont un véritable fléau. Elles atteignaient 441,4 milliards d'euros fin novembre 2014. Elles sont souvent liées à des problèmes de logement. Et c'est pour cette raison que le gouvernement envisage de réduire de moitié les taxes imposées aux propriétaires qui accepteront de se montrer plus souples. Elles pourraient même être réduites à zéro pour ceux qui feront des contrats de location de plus de 8 ans. Ils sont en effet renouvelés aujourd'hui tous les deux ans, avec à la clé des augmentations telles qu'elles obligent régulièrement les ménages à déménager.
Certes, la quatrième économie d'Asie n'est pas au bord de la faillite et prévoit enconre une confortable croissance de 3,7% pour 2016. L'État va également débloquer un budget de 100 000 milliards de wons (79,5 milliard d'euros) pour financer les entreprises innovantes. Il prévoit d'exporter cette année pour plus de 517 milliards d'euros de biens et des services et compte attirer plus de 17,2 milliards d'euros d'investissements étrangers. Il multiplie les accords de libre-échange pour augmenter sa stature internationale, avec les États-Unis, l'Europe, et bientôt la Chine, qui représentent ensemble plus de 75% des échanges du pays.
Mais le gouvernement de Madame Park "ne doit pas oublier le nécessaire équilibre entre la croisssance et la redistribution de cette croissance", tranche un économiste de l'institut de recherche économique du groupe LG, l'un des conglomérats les plus puissants de Corée du Sud.
Arnaud Rodier, janvier 2015