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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

QUAND LA CHINE DÉCOUVRE L'ÉCOLOGIE
 

Champions de la pollution, les entrepreneurs chinois commencent à se mobiliser pour la lutte contre le réchauffement climatique. Et ce sont les secteurs de la construction et de l'immobilier, de loin les plus critiqués, qui le font en premier.

 

Ils étaient plus de 160 Chinois réunis à Paris pendant 5 jours pour participer au quatrième Forum Chine-Europe sur le changement climatique. Des chefs d'entreprise, des enseignants, des juristes, des ONG (Organisations non gouvernementales). Et plusieurs représentants de très grands groupes comme Vanke, le numéro un de l'immobilier chinois, ou Guangdong Construction Engineering.En face d'eux, pour le dîner de bienvenue dans une brasserie proche de la gare Saint Lazare, pas beaucoup d'interlocuteurs français. Ils s'étaient réservés pour un autre dîner, le même soir, organisé au palais du Luxembourg autour de l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Rafarin pour clôre les célébrations du 50è anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises. "Le Medef, du coup, ne nous a pas beaucoup aidé", déplore un organisateur du Forum.Tous ont cependant rédigé un texte d'une douzaine de pages envoyé à la Conférence sur le climat à Lima, la capitale du Pérou, qui se tient du 1er au 12 décembre. Texte qui doit servir de référence à la grande réunion de Paris sur le même thème, en décembre 2015.La conférence de Lima est, aux yeux de Hua Chunying, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères une "étape importante" vers un accord mondial sur la réduction des émissions de carbone.Elle doit permettre à la Chine de "présenter les politiques, les actions et les réussites" du pays dans la lutte contre le changement climatique. D'ailleurs plusieurs homme d'affaires chinois se rendaient au Pérou juste après Paris. Une simple manière de suivre l'air du temps? La Chine a signé le 12 novembre un accord avec les États-Unis où Pékin s'engage pour la première fois sur un pic de ses émissions de gaz à effet de serre en 2030. Autrement dit, à partir de cette date, ces dernières devront commencer à baisser. Mais les républlicains américains au Congrès ont vite accusé les Chinois de choisir une date aussi lointaine pour se laisser le temps de ne rien faire. Faux, rétorquent les chefs d'entreprise qui étaient à Paris. Et de brandir comme preuve une association, pratiquement inconnue en Europe, la fondation Alashan SEE (Society of Entrepreneurs fo Ecology), qui regroupe 370 entreprises chinoises de tous bords, sociétés d'investissements, développeurs immobiliers, producteurs de matériaux, exportateurs de matières premières. Elle tire son nom d'un désert à cheval sur la Chine et la Mogolie. Elle est le principal sponsor du Forum Chine-Europe. Mais la pulpart des entrepreneurs présents à Paris, s'ils étaient logés gratuitement, soulignaient fièrement qu'ils avaient payé de leur poche leur billet d'avion.Une façon comme une autre de souligner que ce n'est pas parce qu'ils soutiennent la fondation qu'ils lui sont inféodés ou redevables de quoi que ce soit. La Chine est le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre. Avec les États-Unis, les deux pays totalisent plus de 40% des émission de C02 de la planète. Et les promoteurs immobiliers, plus gros secteur de l'économie chinoise, sont en première ligne des pollueurs. La consturction consomme beaucoup d'acier et de ciment, particulièrement nocifs pour l'atmosphère. Pas étonnant qu'ils soient, ne serait-ce que pour se dédouaner, très majoritaires au sein d'Alashan.Depuis peu le ministère de l'environnement chinois exige de ses agences locales d'imposer aux grands pollueurs qu'ils publient leurs données d'émission.La loi prévoit des amendes. Aujourd'hui 190 villes diffusent en continu des relevés sur la qualité de l'air. Mais dans les faits les chiffres sont souvent faux et la législation très facilement contournée, affirment les ONG qui tentent de faire leurs propres relevés, via notamment des smartphones, pour alerter la population. Et pour le dernier sommet de l'Apec (Forum de coopération économique pour l'Asie-Pacifique), en novembre dernier à Pékin, la capitale a encore une fois dû prendre des mesures d'urgence, fermetures d'usines, circulation ralentie, pour que la qualité de l'air soit à peu près acceptable. "Dans les grandes villes, en particulier sur la côte où les gens sont riches, c'est facile de faire passer l'écologie en avant, mais à la campagne où il n'y a pas de travail et où l'on ne mange pas toujours à sa faim, ce n'est pas la priorité", résume une journaliste chinoise venue de la capitale. Et à l'échelle du pays tout entier et de son 1,3 milliard d'habitants, c'est un vrai casse-tête. La Conférence économique de travail de fin d'année du gouvernement, qui débute le 9 décembre, va définir les grands axes de la politique chinoise pour 2015, sur la base d'une croissance sans doute ramenée à 7%. La lutte contre le changement climatique dans le monde y sera abordée. Le vice-premier ministre Zhang Gaoli, promet que la Chine participera à l'affort collectif. Mais il espère que le sommet de Paris à la fin de l'année prochaine imposera le principe de "responsabilités communes, mais différenciées". La porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hua Chunying, est encore plus explicite. C'est aux pays développés de prendre les initiatives, "tout en offrant des soutiens financiers, technologiques et structurels aux pays en développement, afin de les aider à s'adapter", dit-elle. Et le chef de la délégation chinoise à Lima, Xie Zhenhua d'enfoncer le clou: "la question la plus épineuse, c'est de bien faire comprendre aux pays développés quelles sont leurs obligations". La partie n'est pas gagnée.
Arnaud Rodier, décembre 2014