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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LA CHINE NE FERA PLUS DE CADEAU AUX ENTREPRISES ÉTRANGÈRES

 

L’avalanche d’accusations d’ententes sur les prix ou de position monopolistique vise avant tout à rassurer les firmes chinoises dont Pékin a besoin.

 

Pour ne pas perdre la face, la pire des défaites en Asie, il faut savoir tricher. "La porte de la Chine s’est ouverte et elle ne se refermera jamais", affirmait mi-septembre le Premier ministre Li Keqiang. Ce n’est en réalité que de la poudre aux yeux pour faire avaler les enquêtes qui s’abattent depuis cet été sur les firmes étrangères, General Motors, Audi, Mercedes, Chrysler, Toyota, Microsoft, toutes accusées par la Commission nationale pour la réforme et le développement d’ententes illicites et de pratiques commerciales monopolistiques.
La Chine, que l’on dit un peu vite au creux de la vague, a surpris le monde entier en annonçant une croissance de 7,8% au troisième trimestre, contre 7,5% le trimestre précédent. Et l’indicateur des petites et moyennes entreprises est remonté d’un demi point en septembre. Mais les bénéfices des grandes firmes publiques ralentissent. Sur les neuf premiers mois de l’année ils ont progressé de 8%, à 267,4 millions de dollars, contre 9,2% fin août. Et si leur chiffre d’affaire a progressé de 5,5%, leurs charges ont augmenté de 5,7%.
Certes la Chine vient de décider de lever l’interdiction pour les banques étrangères d’ouvrir plus d’une agence par ville. Elle a aussi ouvert son marché de l’or aux étrangers dans l’espoir que Shanghai puisse un jour rivaliser avec Londres et New York.
Mais dans le même temps elle va créer une zone économique pilote à Shantou, dans la province du Guangdong, exclusivement réservée aux Chinois d’outre mer. Le message est clair. Cet été ont été annoncées des mesures d’ajustement pour stimuler l’activité, exemptions fiscales, simplifications administratives, réduction de charges fiscales pour les petites entreprises… Et Pékin vient encore d’injecter 62 milliards d’euros dans les cinq plus grandes banques du pays pour finances la croissance.
Des crédits qui rassurent tout autant qu’ils inquiètent. Aujourd’hui, il s’agit moins pour les Chinois d’investir à tout-va que d’améliorer la productivité des usines et de monter en gamme face au Japon, à la Corée du Sud ou à la Malaisie. Mais la Chine risque de ne pas atteindre son objectif de 7,5% de croissance cette année. Un objectif symbolique qui fait rêver n’importe quel pays occidental. Mais un objectif vital aussi. En dessous ce ce chiffre, la Chine ne sera plus capable de créer les emplois dont elle a besoin. En 2013, le PIB (produit intérieur brut) du pays avait augmenté de 7,7%. C’était sa plus faible progression depuis treize ans!
Chute des investissements
L’empire du Milieu n’est plus l’atelier du monde. Les salaires augmentent. Les entreprises se sophistiquent. Pékin se doit de les défendre. "Les enquêtes actuelles menées par la Chine sur les entreprises étrangères sont ouvertes et justes", se justifiait fin septembre Qin Gang, porte parole du ministère des Affaires étrangères. Mais ces entreprises étrangères sentent de plus en plus près le vent du boulet.
Les investissements étrangers en Chine ont plongé en glissement annuel de 14% en août, à 7,2 milliards de dollars. Ils sont en recul de 16,9% pour les États-Unis, de 17,9% pour l’Union européenne et de 43,3% pour le Japon. Du jamais vu. Et voila des mois que la chambre de commerce européenne à Pékin et son homologue américaine dénoncent le climat désormais hostile des affaires en Chine. "L’âge d’or pour les entreprises étrangères sera bientôt révolu", affirme cette dernière. Pékin ne dit rien. Sa priorité aujourd’hui, c’est de montrer que le gouvernement chinois est fermement décidé à soutenir ses propres entreprises, publiques et privées, et à améliorer la compétitivité des industriels chinois. Ils ont permis de générer plus d'un million de millionnaires en dollars, 3,7% de plus que l’an dernier. Ils seront 1,2 million dans trois ans. Cela vaut bien quelques sacrifices. Et tant pis si les étrangers en font les frais.
La Chine, désormais deuxième économie mondiale derrière les États-Unis, mais devant le Japon, entend plus que jamais montrer au monde entier qu’elle est parfaitement capable de compter désormais sur ses propres forces. Et qu’elle ne fera plus de cadeau aux entreprises étrangères.
 
Arnaud Rodier, septembre 2014