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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

L'OCDE MET LA MAIN SUR L'ASIE DU SUD-EST

 

L'Organisation de coopération et de développement économiques courtise l'Asean et ne cache pas ses arrière-pensées : ne pas laisser le marché lui échapper.

 

On en parle peu, mais l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) suit à la loupe tout ce qui se passe en Asie du Sud-Est.
Le troisième Forum OCDE-Asean (Association des Nations de l'Asie du Sud-Est) vient de se tenir à Hanoï au Vietnam. Plus de 200 délégués y étaient réunis autour d'un thème : "améliorer la productivité et le développement inclusif" de la région. En d'autres termes, créer davantage d'emplois, renforcer les infrastructures, mieux valoriser les ressources humaines et exploiter au maximum les "connexions économiques régionales".
Le secrétaire général adjoint de l'OCDE a insisté tout particulièrement sur la nécessité d'accroître les investissements dans l'éducation et la formation, pour améliorer les qualifications professionnelles, et sur l'environnement des affaires qui doit impérativement laisser plus de place aux petites et moyennes entreprises.
Quatrième économie mondiale en 2050
Aucun pays de l'Asean ne fait pourtant partie  des 34 membres de l'OCDE. Seuls deux d'entre eux, mais qui sont seulement "associés" à l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est, y figurent :  la Corée du Sud et le Japon.
Seulement le début de l'année 2016 est une étape clé pour l'ensemble des pays aux économie avancées dans le monde. L'Asean a en effet officiellement lancé en décembre 2015 sa grande "communauté économique". Elle regroupe l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge. Dix pays qui pèsent réunis 2 500 milliards de dollars de PIB (produit intérieur brut), et qui pourraient devenir la quatrième économie mondiale en 2050.
Une feuille de route a été fixée pour 2016-2025. Elle vise à faire tomber le plus possible les barrières commerciales, à libéraliser les services, à développer la connectivité entre les capitales et à faire de la région un véritable marché unique pour les investisseurs, et notamment les investisseurs étrangers.
Croissance de 6,4% en 2016
En somme un nouvel espace de développement pour ses membres, et une opportunité à surtout pas laisse passer par les pays de l'OCDE. Le Japon ne s'y est pas trompé qui promet de tout faire pour l'aider à améliorer sa productivité.
Globalement, la croissance de l'Asie dite "émergente" sera de 6,4% en 2016 et de 6,3% en 2017, selon l'OCDE. Elle sera évidemment tirée cette année par celle de l'Inde (+7,4%) et celle de la Chine (6,5%). Mais les dix pays de l'Asean vont bien tirer leur épingle du jeu avec une hausse de leur PIB de 4,9%, bien supérieure à celle de nombreux pays développés.
Elle sera soutenue par une augmentation des investissements en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande. Elle résultera davantage de l'amélioration de la consommation des ménages aux Philippines et au Vietnam.
Partenariats public-privé
L'Indonésie, qui a entrepris des réformes pour attirer à nouveau les investissements étrangers, devrait progresser en 2016 de 5,1%, contre 4,8% en 2015. La Malaisie, qui souffre d'une demande intérieure faible, serait en hausse de 4,4%, contre 5%. La Thaïlande, dont les exportations s'affaiblissent et où le surendettement des ménages ralentit la consommation, progresserait de 3%, rythme qu'elle conserverait jusqu'en 2018. Les Philippines verraient en revanche leur PIB bondir de 6,4%, profitant d'une nouvelle législation assouplissant les partenariats public-privé. Talonnées par le Vietnam (+6,3%) qui s'ouvre de plus en plus aux investissements directs étrangers et profite d'une main d'oeuvre particulièrement compétitive dans la région.
Inégalités sociales
Le problème est cependant que tous ces pays n'ont pas la même approche de l'Asean. L'Indonésie et la Thaïlande ont choisi le développement rural, en espérant réduire les inégalités sociales, et l'éducation. Le Vietnam donne la priorité à la réforme des entreprises d'État omniprésentes dans ce pays communiste. La Malaisie et Singapour se focalisent sur le développement des petites et moyennes entreprises. Le Cambodge parie sur l'agriculture et le tourisme. Le Laos veut augmenter le plus possible ses exportations d'électricité. Le Cambodge ne pense qu'aux investissements étrangers.
Et, partout, on observe une baisse de productivité qui exacerbe les inégalités sociales. Et multiplie les risques, en particulier si l'économie chinoise, dont dépendent de trop nombreux pays de l'Asean, ralentit plus que prévu. Un point de pourcentage du PIB chinois coûte 0,4 point à l'Indonésie, la Malaisie ou la Thaïlande.
Gouvernance et transparence
L'Indonésie, la Malaisie devraient moins dépendre des revenus de leurs matières premières, estime l'OCDE. La Thaïlande et le Vietnam devrait améliorer la gouvernance et la transparence de leurs entreprises et de leurs institutions.
Depuis plus de vingt ans, l'Asie du Sud-Est intéresse l'OCDE. L'organisation a signé un accord concret de coopération en 2007. Elle propose ses services en matière de politique fiscale, de marchés de capitaux, de lutte contre la corruption, d'investissements, d'innovation, d'emploi et de réglementation.
Le Forum régional d'Asie du Sud-Est de Hanoi n'était qu'un moyen de pousser un peu plus loin les pions d'une coopération bien comprise. En attendant le sommet de l'APEC (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique) de 2017 où l'Asean et l'OCDE pourraient s'engager sur un partenariat formel.
 
 
 
 Arnaud Rodier, juin 2016