Restons connectés

 

L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE "MADE IN CHINA" C'EST FINI, PLACE AU "MADE IN INDIA"

 

Avec une croissance de 7,2% par an et des salaires très inférieurs à ceux de la Chine, l'Inde est désormais le nouvel atelier du monde. En attendant d'être le nouveau paradis des startups.

 

"Made in India". Le Premier ministre Narendra Modi en est convaincu, cette petite inscription, plus ou moins cachée selon les produits, va très rapidement remplacer le "made in China" dans le monde entier.
Selon le Boston Consulting Group, les coûts de production chinois ont aujourd'hui pratiquement rejoint ceux des États-Unis. Quand on doit débourser un dollar outre-Atlantique, on paie 96 centimes à Pékin, Shanghai ou Canton. Les hausses de salaires, destinées à relancer la consommation, les tarifs de l'énergie et les taux de change font que l'Empire du milieu n'est plus compétitif. A l'inverse, la main d'oeuvre en Inde ne coûte encore presque rien.
Investissements étrangers multipliés par deux
Depuis l'arrivée au pouvoir de Narendra Modi, en mai 2014, les investissements étrangers ont plus que doublé. Et la récente venue du patron d'Apple, Tim Cook, a fait l'effet d'un électrochoc. La firme américaine qui produit tous ses smartphones en Chine veut délocaliser ses usines en Inde.
Elle va installer un laboratoire à Bangalore l'an prochain pour y développer ses nouvelles applications. Elle va aussi ouvrir un centre de recherche à Hyderabad, en partenariat avec l'entreprise locale RMSI, pour ses activités de cartographie, avec 4 000 nouveaux emplois à la clé. "La démographie et les réformes menées actuellement montrent que l'Inde a un grand futur et Apple veut en faire partie", proclame Tim Cook.
1,4 milliard d'habitants
Il n'est pas le seul à parier sur ce pays de plus d'un milliard d'habitants. Terry Gou, patron du taïwanais Foxconn, prévoit de créer en Inde cinq usines dans les cinq ans à venir et quatre centres de recherche, à Deli, Bombay, Bangalore et Hydrerabad. Au total, il projette entre 10 et 12 installation industrielles qui devraient créer 1 million d'emplois en 2020.
En 2022, l'Inde comptera, selon les Nations-Unies, 1,4 milliard d'habitants et dépassera la Chine, devenant le pays le plus peuplé au monde. Or en 2015, seulement 100 millions de terminaux mobiles s'y sont vendus. Un chiffre qui devrait doubler d'ici à 2017. Mais, surtout, un immense marché en friche à conquérir.
Premières réformes
Gionee, Vivo, ZTE, tous les constructeurs chinois de téléphones mobiles prévoient de transférer à plus ou moins long terme leurs lignes de production en Inde. "L'économie va continuer de bénéficier de la faiblesse du prix des matières premières et des effets des premières réformes entreprises par le gouvernement visant à promouvoir le secteur manufacturier, à attirer les investissements directs étrangers et à atténuer les contraintes qui pèsent sur les entreprises", analyse la Coface.
Jugement qu'elle tempère néanmoins en soulignant que plusieurs "mesures phares" promises par le Premier ministre, comme "l'harmonisation de la TVA au niveau fédéral ou l'assouplissement des règles relatives à l'acquisition de terres, sont bloquées par le parlement". Mais elle regrette le "manque d'infrastructures", les "lourdeurs bureaucratiques" les "blocages politiques persistants" et la "montée de l'endettement des entreprises privées".
Un quart de la population en dessous du seuil de pauvreté
De son côté, le cabinet d'analystes financiers Capital Economics, reconnaît cependant que l'une des "grandes victoires" du gouvernement est d'avoir obtenu une révision du code des faillites qui "aide à assainir l'environnement des affaires".
L'Inde reste un pays pauvre. Un quart de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. La moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition. Si l'agriculture ne compte que pour 18% du PIB (produit intérieur brut), elle emploie encore 50% de la population active. Loin derrière l'industrie (un tiers du PIB, un cinquième de la population) et les services (52% du PIB, mais seulement 25% de la population).
"Created in India"
Il n'empêche que le pays vient de réussir son premier lancement d'un modèle réduit de navette spatiale à bas coûts. Un véhicule réutilisable dont le budget n'a pas dépassé 13,2 millions d'euros. Et l'Inde se voit très bien en nouveau paradis des startups.
Elle en dénombre un peu plus de 3 000 actuellement, mais selon la National association of software and services companies (Nasscom), elle pourrait en accueillir 11 500 d'ici à 2020, susceptibles d'employer 250 000 personnes.
D'ores et déjà Bangalore s'affirme comme la capitale de la haute technologie. Avec ses 6,5 millions d'habitants elle revendique la quatrième place mondiale dans son domaine. Elle regroupe près de la moitiés des jeunes pousses indiennes et 35% des salariés du secteur informatique.
Quand Narendra Mori parle aujourd'hui du "made in India", nul doute qu'il pense au "created in India" de demain.
 
 
 
 
Arnaud Rodier, mai 2016