Restons connectés

 

L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE VIETNAM EN EMBUSCADE

 

Les investisseurs étrangers sont de plus en plus nombreux à se détourner de la Chine pour s'installer à Hanoi ou à Ho Chi Minh-ville

 

La nouvelle est passée presque inaperçue. Le Vietnam vient de gagner 12 places pour occuper aujourd'hui le 56 ème rang mondial en terme de compétitivité, selon le rapport du Forum économique mondial (WEF) rendu public fin septembre à Genève.
Ce classement, qui place en tête des pays les plus compétitifs la Suisse, Singapour et les États-Unis, relève qu'au cours des trois premiers trimestres de 2015 le montant des investissements étrangers directs a dépassé les 17 milliards de dollars, enregistrant une hausse de 53% sur un an. Au total, pas moins de 270 milliards de dollars d'investissements étrangers y sont inscrits par 105 pays pour 19 000 projets d'entreprises.
Et elles sont de plus en plus nombreuses à choisir ce pays où la main d'oeuvre y est qualifiée et où les salaires sont beaucoup moins chers qu'en Chine, note Duong Tri Than, vice-président de Vietnam Airlines dont le premier Airbus A350 a décollé le 1er octobre de Roissy.
Le Vietnam connait l'une des plus forte croissance des pays de l'Asean (Association des nations de l'Asie du sud-est). Au cours des neuf premiers mois de l'année, son PIB (produit intérieur brut) a augmenté de 6,5% par rapport à la même période de l'an dernier. L'industrie et la construction ont bondi de 9,6%, les services de 6,2% et le secteur agricole a progressé de 2%. Ils représentent respectivement 33%, 40,5% et 16,3% de l'économie du pays.
Croissance de 6,5%
La Banque asiatique pour le développement (BAD) lui prévoit une croissance de 6,5% pour l'ensemble de l'année 2015 et de 6,6% en 2016. Elle souligne que le bas niveau d'inflation (0% en septembre) stimule les consommateurs à dépenser plus. Des projets de villes nouvelles, destinées surtout aux étrangers, fleurissent un peu partout, dont certaines financées par les Japonais. Cependant, remarque la banque, "l'économie vietnamienne est vulnérable au développement de l'économie globalisée. Les importations viennent en grande proportion de la Chine tandis que les exportations sont à destination de l'Europe, des États-Unis et du Japon". D'où la nécessité, souligne-t-elle, de faire des réformes pour "tenter d'assainir le climat de l'investissement, renforcer l'efficacité des entreprises publiques et réformer le système bancaire".
Une plus grande diversification des marchés et des produits ou services du pays est en effet essentielle. Le Vietnam est un pays communiste où toutes les décisions sont prises par le Comité central et le Bureau politique et ses 90 millions d'habitants sont loin d'avoir tous le droit de faire ce qu'ils veulent.
L'économie vietnamienne ne s'est en réalité ouverte qu'au début des années 1990, avec la politique du "doi moi", la politique du "renouveau". Et si le pays ambitionne de devenir une véritable économie industrialisée en 2020, sa population est jeune. Environ 56% d'entre elle a moins de 30 ans, ce qui pose de sérieux problèmes d'emplois et de qualification. Le boom économique, de surcroît, profite essentiellement aux grandes villes et accroit les inégalités sociales.
Il a ratifié en août dernier un protocole d'accord de libre échange avec l'Europe. Il pourrait être finalisé avant la fin de l'année. En 2012, le commerce entre Hanoi et l'Union européenne représentait 23,8 milliards d'euros, accusant un déficit de 15 milliards pour cette dernière. Son président, Truong Tân Sang, a rencontré François Hollande au sommet de l'ONU (Organisation des nations unies) à New-York. Il a promis que son pays participerait à la grande conférence sur le climat à Paris, en décembre prochain.
L'Inde, partenaire privilégié
Moins touché que d'autres pays de la région par la dévaluation, cet été, de la monnaie chinoise, le yuan, le Vietnam joue, toute proportion gardée, la carte de la concurrence avec son encombrant voisin. Et se tourne ouvertement vers l'Inde. Elle figure parmi ses dix plus grands partenaires commerciaux, avec 5,6 milliards de dollars d'échanges l'an dernier. Et les deux pays viennent de créer un groupe de "travail mixte" pour renforcer leur coopération dans l'agriculture, l'agroalimentaire, la médecine vétérinaire, les biotechnologies et l'exploitation minière.
Car si l'agriculture ne représente qu'une faible part du produit intérieur brut du Vietnam, elle a fait des "progrès remarquables" ces dix dernières années, insiste le dernier rapport de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) publié à Hanoi.
Elle a en particulier permis "d'augmenter les revenus ruraux, de réduire la pauvreté et de combattre la malnutrition". Celle-ci est en effet passée de 46% de la population en 1990-1992 à 13% en 2012-2014, "l'une des améliorations la plus forte dans le monde".
Elle contribue aussi aux exportations du pays. Le Vietnam est plus grand producteur mondial de Noix de cajou et de poivre noir. Mais il vend aussi à l'étranger du café, du riz et des produits de la pêche. Il lui reste cependant à moderniser cette agriculture en augmentant la taille de ses fermes et en adoptant de nouvelles technologies innovantes.
Nouvelles technologies que l'Inde est toute prête à lui apporter pour mieux se rapprocher de l'Asean... et concurrencer la Chine.
 
Arnaud Rodier, octobre 2015