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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CONFÉRENCE CLIMAT, UN MARCHÉ DE DUPES POUR L'ASIE

 

Chine, Inde, Japon, Corée, Indonésie, ces pays d'Asie n'ont malheureusement pas grand chose en commun face au réchauffement climatique.

 

Hypocrisie, fausses promesses, querelles entre les riches et les pauvres, la 21ème conférence des Nations unies sur les changements climatiques est pour de nombreux pays d'Asie un vaste marché de dupes.
COP, ce sont les initiales en anglais de "Conférence des parties". Et les parties, ce sont 195 pays qui ont signé la convention du sommet de la terre à Rio, en 1992. Quant au nombre 21, il marque tout simplement le fait que ces pays se réunissent pour la vingt-et-unième année de suite. La COP 22 est déjà prévue l'an prochain au Maroc.
L'accord de Paris, pour être applicable comme prévu en 2020 doit impérativement être signé à la COP21, sinon les premières mesures concrètes ne seront jamais prises dans 5 ans.
Mais l'Asie, en dépit de ses grandes déclarations d'intention n'est pas prête à jouer le jeu. Elle est bien trop divisée.
La Chine, deuxième économie mondiale derrière les États-Unis, est le premier pollueur de la planète. A elle seule, elle cumule 25% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et sa consommation de charbon est colossale. Elle enfonce haut la main l'Union européenne si l'on calcule par habitant. Dans 495 des 500 plus grandes villes chinoises, la qualité de l'air n'est pas conforme aux normes de l'Organisation mondiale de la santé.
Pékin s'est engagé à ce que ses émissions de CO2 (dioxyde de carbone) atteignent un pic "autour de 2030". Et la Chine promet de porter d'ici là la part des énergies renouvelables à environ 20% de sa production énergétique globale. Mais, Xi Jinping, présent à Paris, n'entend pas proposer de nouvelles concessions, ni d'objectifs améliorés à la COP21. Le président chinois ne voit dans cette réunion qu'un moyen supplémentaire de "donner une impulsion politique". Pas question de négocier quoi que ce soit.
Transferts de technologies
Elle se dit cependant confiante pour qu'un "consensus" soit trouvé. Mais elle juge insuffisants les engagements des pays développés. Ces derniers ont promis de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour aider les plus pauvres à faire face au réchauffement climatique. Ce n'est pas assez pour Pékin qui estime qu'il "reste un gros écart à combler" pour atteindre l'objectif de limiter le réchauffement en deçà de 2 degrés.
Surtout, la Chine dénonce le fait qu'il n'y a "toujours pas de solution" au grand problème des transferts de technologies des pays riches vers les pays en voie de développement.
C'est aussi ce que réclame l'Inde, troisième émetteur de CO2 dans le monde, pour qui la priorité est de sortir sa population de la pauvreté. Cela ne veut pas dire que New-Delhi ne souhaite pas participer aux efforts internationaux, mais le pays place en avant son propre développement. Or l'Inde compte encore plus de 300 millions d'habitants qui n'ont tout simplement pas accès à l'électricité. Elle doit également s'industrialiser, étoffer ses réseaux de transports, autant de projets qui passent inévitablement par une hausse de ses émissions de carbone. Cependant elle se fixe pour objectif de multiplier par 25 sa production d'énergie solaire dans les 7 ans à venir et espère qu'en 2030, 40% de son électricité viendra de sources renouvelables.
En attendant, elle digère mal que des pays comme les États-Unis lui demandent de se serrer la ceinture sans contreparties. Et elle semble plus tentée par un partage des technologies entre les pays du Sud que par le soutien des pays riches. Malheureusement, pour être franc, le réchauffement climatique est une notion abstraite, pour ne pas dire surréaliste, pour la majorité des Indiens qui n'ont pas de quoi se loger ni de quoi se nourrir.
Un pont entre les riches et les pauvres
Ces transferts de technologies, le Japon, au contraire y croit. Sa nouvelle ministre de l'Environnement, Tamayo Marukawa, verrait bien l'archipel comme un pont entre les pays riches et les pays pauvres. Tokyo, cinquième pollueur mondial, s'est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 26% entre 2013 et 2030. Mais la catastrophe de Fukushima, qui prive le pays d'une grande partie de ses centrales nucléaires, l'embarrasse et l'oblige à avoir massivement recours à l'énergie fossile.
"Nous sommes en Asie, nous sommes un pays développé, nous pouvons venir en aide à l'Inde et à la Chine", dit en substance le gouvernement. Ce à quoi toutefois le tout puissant Keidanren, le patronat nippon, répond qu'il faudrait d'abord penser aux propres intérêts de l'archipel, à son redressement économique et au renforcement de sa croissance...
La Corée du Sud, elle aussi, forte de son développement numérique et de sa nouvelle "économie créative", se pose comme médiatrice entre pays développés et pays émergents. Elle a annoncé un plan de réduction de ses émissions de gaz de 37% et se dit prête à partager ses technologies en matière de réchauffement climatique. C'est, dit-elle, "une nécessité". Plus facile à dire qu'à faire cependant. Le cas de la petite île touristique de Jeju, au sud du pays, est la proie d'investisseurs étrangers, chinois en particulier, qui n'ont que faire d'écologie. Séoul, cependant ne désespère pas d'arriver à en faire la première île propre du pays, une île fonctionnant totalement avec des énergies renouvelables et où toutes les voitures et les bus seront électriques.
Destruction des forêts
Un rêve très éloigné des préoccupations de l'Indonésie. Et évidemment hors de sa portée. Là, le feu fait rage sur des milliers de kilomètres, produisant régulièrement plus de dioxines de carbone que l'économie américaine toute entière. Non seulement les arbres, mais encore la terre elle-même brûlent des semaines, voire des mois, libérant des nuages de méthane, de monoxyde de carbone et de gaz qui empoisonne la région toute entière, plongeant même Singapour dans le noir en plein jour. Les entreprises forestières, avec souvent le concours de l'armée, rasent massivement les forêts pour y replanter, via la technique du brûlis, des bois pour pâte à papier, des palmiers pour l'huile, beaucoup plus rentables.
L'Indonésie s'est, elle aussi, engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 29% d'ici 2030. Mais avec ses déforestations massives qu'elle ne semble pas décidée à arrêter malgré les pressions de la communauté internationale, elle reste l'un des plus gros pollueurs de la planète.
Et la COP21 est très certainement aujourd'hui le dernier de ses soucis.
 
 
Arnaud Rodier, novembre 2015