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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

MÊME HONG KONG PREND LA ROUTE DE LA SOIE

 

L'ancienne colonie britannique a longtemps tiré la Chine sur le plan économique. Aujourd'hui, elle se raccroche aux branches.

 

Même Hong Kong prend la route de la soie. La Région Administrative Spéciale (RAS), c'est son nom, rétrocédée à la Chine en juillet 1997, organise le 18 mai prochain un vaste colloque qui va rassembler plus de 20 experts et anciens ministres autour de la ceinture et de la route de la soie. Douglas Flint, patron de la banque HSBC, Bi Mingjian, directeur général du Management Committee China International Capital, Victor K Fung, fondateur du groupe Fung, seront notamment présents.
Au total, pas moins de 1 000 participants sont attendus. "Le projet de cette ceinture et route de la soie est un challenge pour l'Asie et pour le monde. Hong Kong, avec son gouvernement, ses dirigeants et ses organisations industrielles, peut jouer un rôle de catalyseur et de fédérateur", assure Vincent Lo, président du Hong Kong Trade and Development Council (HTDC).
Le projet, c'est vrai, est gigantesque. Même s'il paraît très utopique.
Cinq routes, cinq cartes
Il s'agit de relier l'Asie à l'Europe et à l'Afrique via cinq routes. Trois terrestres et deux maritimes.
La première passe par l'Asie centrale et la Russie. La deuxième relie la Chine au Moyen-Orient. Une autre rejoint l'Asie du Sud et l'océan indien en passant au-dessus de l'Inde. La quatrième, maritime, traverse tout l'océan indien pour finir en mer méditerranée. La dernière relie la Chine à l'Indonésie, à la Nouvelle Guinée et à l'Australie.
Il est prévu, par exemple, qu'une ligne de chemin de fer aille de la province du Jiangsu à Rotterdam en Hollande. Ou qu'une autre relie Chongqing à Duisburg en Allemagne. Ou encore Wuhan à la Pologne et Zhengzhou à Hambourg. Europe, Asie centrale, Mékong, rien n'est laissé de côté.
A chaque fois, Pékin revendique cinq cartes: une politique de coordination internationale, une meilleure connectivité, l'élargissement du commerce, une éventuelle intégration financière et des relations humaines élargies.
40 milliards de dollars
La Chine met en avant l'importance de nouvelles routes, de nouvelles lignes de chemin de fer, de nouvelles liaisons aériennes de nouvelles structures portuaires et, bien sûr de nouvelles sources d'approvisionnement en énergie, pétrole et gaz naturel.
Il s'agit, dit-elle, de réduire les barrières commerciales et de "promouvoir le dialogue entre les différentes cultures".
Pas moins de 40 milliards de dollars ont été débloqués pour cette route de la soie. Un fonds géré par l'administration chinoise des changes, la China investment corp, la banque d'import-export et la Banque chinoise de développement. L'ensemble s'adossant sur la Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures (BAII) lancée par les Chinois fin 2015.
Elle compte 57 pays fondateurs parmi lesquels l'Australie, le Brésil, la France, l'Allemagne, l'Inde, l'Indonésie, la Russie, l'Arabie Séoudite, l'Afrique du Sud, les Émirats Arabes Unis, la Grande-Bretagne ...
Elle a été officiellement inaugurée en janvier dernier. Elle est prête à accueillir de nouveaux membres.
Pieds et poings liés
L'ancienne colonie britannique qu'est Hong Kong, rétrocédée à la Chine en juillet 1997 et transformée en Région Administrative Spéciale, a longtemps été le moteur économique de la Chine vis à vis de l'étranger. Sa bourse et sa monnaie, le dollar de Hong Kong, convertible alors que le yuan chinois ne l'est pas, en ont fait une place financière incontournable en Asie.
Mais la Chine a aujourd'hui ouvert les bourses de Shanghai et de Shenzhen, qu'elle prévoit de fusionner avec Hong Kong, et le yuan est de plus en plus utilisé comme monnaie d'échange internationale.
Hong Kong est de moins en moins intéressante. La Région Administrative Spéciale s'est d'abord raccrochée au grand delta de la Rivière des Perles pour ne pas se retrouver mise de côté.   Elle a tenté vaille que vaille de préserver son image de territoire chinois qui n'est pas la Chine. Mais elle est pieds et poings liés.
L'agence financière Standard and Poor's vient de dégrader la note de sa dette à long terme de "stable" à "négative" parce qu'elle redoute un ralentissement de l'économie chinoise. Elle reconnaît que Hong Kong a "une importante capacité de croissance", mais elle souligne qu'il n'est "plus possible de la déconnecter de l'économie chinoise".
Et d'ajouter : "le moindre recul de la Chine affectera tout de suite le territoire".
Planche de salut
La Coface (Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur), qui crédite Hong Kong d'une croissance de 1,5% pour 2016, juge que l'économie du territoire est "très vulnérable à un ralentissement de l'économie chinoise" et que la "concurrence croissante de la Chine continentale dans le secteur des services" la menace de plus en plus.
Mais Standard and Poor's va beaucoup plus loin. Si Hong Kong ne renforce pas davantage son indépendance politique face à Pékin, l'agence envisage de la mettre dans les pays à risque.
Des élections législatives auront lieu en 2017. Elles ne sont pas libres, mais contrôlées par le parti communiste chinois qui avalise ou non les candidats. C'est ce qui a provoqué la "révolte des parapluies".
La ceinture et la route de la soie sont sans doute une nouvelle planche de salut pour Hong Kong. Mais elle ne suffira pas à lui garantir de ne pas disparaître dans la grande marmite chinoise.
 
 
Arnaud Rodier, avril 2016