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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

LE NOUVEAU MODÈLE CHINOIS EN ORDRE DE MARCHE

 

Pékin, qui prépare son plan quinquennal 2016-2020, réoriente ses priorités face au ralentissement de la croissance du pays sans se préoccuper du reste du monde.

 

Le Parti tient sa grand-messe. Le cinquième plénum du 18e congrès du comité central du Parti communiste chinois (PCC), se réunit du 26 au 29 octobre. Quelques 300 hauts dirigeants s'y retrouvent, soi-disant discrètement, dans un grand hôtel de l'ouest de la capitale pour finaliser le plan quinquennal 2016-2020. Un simple document de travail en réalité puisqu'il ne sera réellement approuvé, avec sans doute pas mal de modifications, qu'en mars 2016. Mais le monde entier a les yeux braqués sur lui.
La Chine a vu sa croissance tomber à 6,9% au troisième trimestre, le niveau le plus faible enregistré par le pays depuis 2009. La hausse des investissements en capital fixe plafonne à 10,3% depuis le début de l'année. La production industrielle a ralenti à 5,7%. La Banque centrale a baissé ses taux pour la sixième fois en un an. Le président Xi Jinping lui-même, en bon acteur, a fait part de ses "inquiétudes" à l'agence de presse Reuters. Il ne lui déplait pas de faire de temps en temps trembler le monde, pour mieux pouvoir rassurer ensuite.
Le FMI (Fonds monétaire international), qui s'attend à une croissance de 6,3% en 2016, la plus basse depuis 25 ans, redoute que la Chine n'entraîne de nombreux pays émergents dans son sillage. Et la Banque mondiale, de son côté, leur conseille "d'attacher leur ceinture" face aux turbulences.
Scénario catastrophe ? C'est une "exagération" corrige François Godement, à la tête du programme Asie et Chine de l'European Council on Foreign Relations (ECFR) à Bruxelles. "L'impact de la Chine sur l'économie globale est essentiellement psychologique". Le ralentissement augmente simplement "l'urgence nécessité de réformes structurelles", renchérit le cabinet britannique d'analystes financiers Capital Economics.
Consommation et services
De fait, Pékin  est en train de transformer son modèle de croissance vers la demande intérieure plutôt que vers le tout investissement et les exportations.
Le nouveau plan quinquennal de la Chine va certes augmenter les dépenses d'infrastructures, routes, chemins de fer, ports, mais c'est davantage pour renforcer sa "route de la soie" vis à vis du reste de l'Asie, pour laquelle pas moins de 300 projets sont en chantier, que pour sa propre croissance. Chez elle, elle va surtout prendre des mesures en matière de protection de l'environnement, moderniser son réseau électrique et développer le solaire et l'éolien. Des domaines qui lui apportent de la valeur ajoutée. Des secteurs qui lui permettent aussi d'encourager l'investissement privé dans les entreprises.
Xi Jinping souhaite transformer les entreprises d'État en les fusionnant et entend faire jouer davantage les mécanismes de marché. Son objectif est clair, il faut passer de la Chine de l'industrie à la Chine des services. Ce sont eux qui encourageront la consommation des ménages. Or ces services, et notamment le commerce par internet, ne cessent de croître. Ils ont augmenté de 36% au cours des trois premiers trimestre de l'année. "Le développement économique de la Chine s'ajuste à la nouvelle normalité", résume le président. Et d'ajouter: "cependant les fondamentaux d'une croissance régulière restent inchangés". Bref, pas de quoi s'inquiéter.
Sauf que Pékin a d'autres ambitions que de se couler dans le moule de l'économie de marché. Il veut imposer sa monnaie, le yuan, également appelé renminbi. "La Chine ne devrait pas assouplir le contrôle des changes trop rapidement et l'internationalisation du yuan doit être en phase avec la demande du marché et le développement de l'économie", tempère un ex-conseiller de la Banque centrale. Mais le bulldozer est en marche.
Convertibilité du yuan
Le contrôle des changes devrait bel et bien sauter, du moins sur les comptes de capitaux, en 2020 a confié sous le couvert de l'anonymat un officiel du Parti qui a eu accès aux documents examinés au 18e congrès. Évidemment ce n'est qu'un texte et il peut avoir disparu en mars prochain. Mais il ouvre grand la porte à la convertibilité de la monnaie chinoise.
Pour le moment, il existe deux marchés : l'un pour les Chinois, "onshore", et un autre, "offshore" auquel les étrangers ont accès. Et la Chine n'entend ouvrir ses frontières monétaires que "marche par marche pour ne pas prendre de risque".
Mais l'internationalisation du yuan est déjà une réalité. Selon le réseau interbancaire Swift, les transactions en yuan explosent en Europe. Elles avaient augmenté entre juillet 2013 et juillet 2014 de 123,6% en Grande-Bretagne, de 43,5% en France, de 116% en Allemagne et de 41,9% au Luxembourg. Et elles ne cessent de croître.
Officiellement, la Chine, qui ne veut pas entendre parler de sous évaluation de sa monnaie, n'a pas de calendrier pour la rendre convertible. Elle n'entend surtout pas se le laisser dicter par l'Europe ou les États-Unis. Mais le Premier ministre Li Keqiang, qui recevait à Pékin l'ancien secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a affirmé: "nous encouragerons l'innovation et stimulons l'ouverture de l'industrie financière". Avant d'enfoncer le clou: "nous continuerons à promouvoir un marché des capitaux ouverts".
La Chine, au travers de son plan quinquennal 2016-220, se voit déjà en plateforme financière internationale, à l'égal de Hongkong et de Singapour.
 
Arnaud Rodier, octobre 2015