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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

AU TIBET, DERNIÈRE RENAISSANCE POUR LE DALAI LAMA?

 

L’annonce que ce pourrait être pour le Dalai Lama la dernière "renaissance" surprend la communauté internationale et met à mal une institution presque cinq fois centenaire.

Photo d'Alain WangLe XIVe Dalai Lama s’interroge depuis bien longtemps sur la pérennité de cette tradition. En 2001, il avait introduit l’élection au suffrage universel du Premier ministre du gouvernement tibétain en exil. En 2011, tout s’accélère, avec son retrait de la vie politique et le transfert de ses pouvoirs à celui qui vient d’être élu, Lobsang Sangay.

Ce choix de la démocratie entre en adéquation avec une longue réflexion sur les défis auxquels sont confrontés les Tibétains face à la mondialisation et à l’obligation qu’ils entrent dans la modernité. Ont-ils encore besoin d’un "guide" – surtout si le XVe venait à être choisi par Pékin? En donnant le droit à ses concitoyens de décider ensemble et en toute liberté de leur avenir, le "loup en habits de moine" montre qu’il a choisi l’émancipation politique de son peuple. Au Parti communiste qui "règne en maître absolu" sur les provinces tibétaines – et le reste de la Chine – depuis 1950, d’en comprendre la portée!

La religion est toujours "l’opium du peuple" pour la Cinquième génération de dirigeants à Pékin: en témoigne la reprise en main musclée des mouvements religieux ces derniers mois. Au fond, le président Xi Jinping aurait-il peur? Sans réclamer l’indépendance, le Prix Nobel de la Paix 1989 pèse de son aura international pour réclamer l’établissement d’un moratoire sur l’ensemble du plateau tibétain concernant l’exploitation des ressources naturelles.

Alors que certaines sociétés d’État n’ont qu’une obsession: puiser à volonté dans des réserves en minéraux exceptionnelles, bâtir des barrages hydrauliques sur le château d’eau de l’Asie pour compenser à terme un tiers des besoins chinois en électricité. Sans oublier que les possibilités de produire de l’énergie propre avec la géothermie, le solaire ou l’éolien ne manquent pas. Cet eldorado énergétique offre aussi un fantastique débouché pour l’industrie touristique. Le Pays des neiges, évidé de sa véritable substance cultuelle et culturelle, se "disneylise" chaque jour qui passe... Treize millions de visiteurs chinois s’y sont divertis en 2013!

Alain Wang, journaliste et sinologue, est enseignant à l'École centrale de Paris et à l'Institut français de la mode ; il est aussi secrétaire général d'Asiapresse.