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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

CORÉE DU SUD, CORÉE DU NORD, LE DESSOUS DES CARTES

 

Entre Séoul et Pyongyang, les marchandages vont bon train. Rien n'est gratuit. Tout se paie au prix fort.

 

Pour la première fois la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye se déclare officiellement prête à accepter un sommet Nord-Sud.
"Je suis ouverte à toutes les formes de dialogue inter-coréens si elles servent à ouvrir la voie de la paix et de l'unification de la péninsule", a-t-elle affirmé dans un interview à plusieurs agences de presse. Et d'ajouter que "si le dialogue autour des problématiques nord-coréennes s'ouvre et s'il y a une avancée pour la réconciliation entre les deux côtés, il n'y a pas de raison de ne pas tenir un sommet inter-coréen".
C'est une surprise de la part de cette femme qui a toujours privilégié le statu-quo de part et d'autre du 38è parallèle. Mais madame Park enchaîne les voyages en Asie. A Antaliya, en Turquie, pour un sommet du G 20, les 20 plus grandes puissances économiques du monde, aux Philippines pour le sommet de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (Apec), en Malaisie pour le sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) où seront également présents les Japonais et les Chinois. Le tout dans le seul mois de novembre 2015 !
A l'évidence la présidente de la Corée du Sud tient à se montrer sur tous les fronts de la scène asiatique.
Elle était en Chine en septembre pour la grande parade militaire marquant le 70e anniversaire de la victoire du pays contre les Japonais. Et elle entend aujourd'hui contribuer tout à la fois à l'avancée du Partenariat économique global régional (RCPE), de l'accord de libre échange trilatéral Séoul-Pékin-Tokyo, et de la zone de libre-échange Asie-Pacifique (FTAAP). En revanche elle réserve sa réponse sur l'accord trans-pacifique voulu par les États-Unis sans la Chine,  mais dans son entourage il ne fait pas de doute qu'elle le rejoindra tôt ou tard.
Tapis rouge au Nord pour les journalistes
Son appel du pied à la Corée du Nord intervient quelques semaines après la reprise, au mont Kumgang, des rencontres entre les familles séparées par la guerre. Quelque 400 Sud-Coréens de 97 familles ont pu voir leurs proches entre les 20 et 22 octobre, puis 250 autres Sud-Coréens de 90 familles en ont fait autant du 24 au 26 octobre.
Des rencontres qui ont été âprement négociées, confie un proche du gouvernement sud-coréen. Le Sud a exigé du Nord qu'il cesse complètement ses attaques à la bombe qui ont sérieusement blessé plusieurs soldats du Sud cet été. En contrepartie, la Maison Bleue, l'équivalent de l'Élysée à Séoul, a accepté d'abandonner sa propagande à la frontière: haut-parleurs à tue-tête lançant des slogans capitalistes, tracts, mouvement de troupes dans la partie sud de la zone démilitarisée.
Et cela n'a pas été facile. S'il y a un ministère et un ministre de l'Unification en Corée du Sud, il n'y a pas d'interlocuteur désigné en Corée du Nord. "C'est chaque fois Kim Jong-un qui choisit personnellement son délégué, et ce n'est jamais le même", poursuit ce proche du gouvernement.
Kim Jong-un dont les réactions sont imprévisibles. Le "cher leader" vient de faire disparaître purement et simplement le numéro deux du régime nord-coréen, Choe Ryong-hae. Aux dernières nouvelles, il serait assigné à résidence dans un camp de rééducation révolutionnaire. Une décision qui pourrait laisser penser que le fils de Kim Jong-il veut le pouvoir pour lui tout seul.
La Corée du Nord a étonnement ouvert en grand ses frontières aux étrangers le 10 octobre dernier lors du soixante-dixième anniversaire du Parti des travailleurs. Avec le tapis rouge déroulé pour les journalistes du monde entier dès lors qu'ils ne voulaient pas se montrer trop curieux et acceptaient de ne pas quitter Pyongyang.
On ne choisit pas entre son père et sa mère
Changement de stratégie ou nécessité? La Corée du Nord voit ses relations avec la Chine se détériorer alors que c'est son principal partenaire commercial, pour ne pas dire le seul. Pékin en a assez des menaces nucléaires du Nord et, affaires obligent, se rapproche de la Corée du Sud. "L'économie sud-coréenne est de plus en plus dépendante de Pékin", concède un diplomate sud-coréen. "C'est une réalité que l'on voit dans la vie de tous les jours même si notre politique reste basée sur l'alliance avec les États-Unis".
Chine contre États-Unis? "On ne demande pas à un enfant de choisir entre son père et sa mère", tranche en plaisantant ce responsable. Mais l'économie de la Corée du Sud va mieux. "Les signes de reprise sont là", assure la Banque centrale qui maintient sa prévision de croissance à 3,1% pour l'an prochain.  La consommation des ménages repart, même si ces dernier sont lourdement endettés, ce qui incite les autorités monétaires à ne pas toucher aux taux d'intérêt qui restent au niveau extrêmement bas de 1,5%.
A l'inverse, les exportations vont toujours mal. En particulier celles à destination des États-Unis et de la Chine, qui auraient baissé de près de 15% au premier semestre. La population vieillit. Les jeunes ne trouvent pas de travail. Ils se marient de plus en plus tard et ne font plus d'enfants. En 2030 la Corée du Sud comptera moins de 33 millions de personnes en âge de travailler pour un peu plus de 52 millions d'habitants. En 2060 ce chiffre tombera à 22 millions pour 40 millions d'habitants !
Dans l'opinion publique, la réunification avec la Corée du Nord passe bien après les inquiétudes de tous les jours.
Madame Park effectuera une visite officielle en France avant le mois d'août prochain, dans le cadre de l'Année France-Corée. Mais auparavant elle participera à la COP 21, à Paris, le grand sommet sur le climat.
La Corée du Nord est également invitée. Mais elle n'a pas donné sa réponse. Ni fait savoir à quel niveau elle serait éventuellement représentée.
 
 
Arnaud Rodier, novembre 2015