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L'éditorial des économies d'Asie par Arnaud Rodier, journaliste

 

HONGKONG, UNE VILLE CHINOISE DE PLUS, C'EST TOUT.

 

Le premier juillet 2017, Hongkong célèbre les vingt ans de son retour à la Chine. Mais l'ancienne colonie britannique, désormais Région Administrative Spéciale jusqu'en 2047 est bel et bien pieds et poings liés avec Pékin.

 
The Foreign Correspondant's Club. Carte 509173, Visiting Member.
Fin juin 1997, ce petit bout de plastique, format carte de crédit, que j'ai toujours dans mon portefeuille, était le sésame dont tout le monde rêvait. La précieuse clé qui assurait l'entrée du mythique club de la presse, 2 lower Albert road, dans le quartier de Central.
Les journalistes du monde entier, les hommes d'affaires, les politiques, les avocats s'y pressaient du matin au soir pour refaire l'avenir de Hongkong autour d'une bière ou d'un verre de vin dans un décor colonial aux boiseries sombres dignes du meilleur polar britannique.
Le premier juillet de cette année là, sous une pluie battante, les Anglais rendaient Hongkong à la Chine. L'ancienne colonie britannique, temple des affaires et de la finance, devenait communiste.

La bourse va s'effondrer

"Tous les capitaux sont en train de fuir à l'étranger, la bourse va s'effondrer, c'en est fini de Hongkong", s'affolait-on au Press Club.
C'était faux. Si des capitaux étaient partis à l'étranger, c'était deux ou trois ans auparavant, quand on ne savait pas à quelle sauce Hongkong allait être mangée.
Or, sitôt connue la formule "un pays, deux systèmes" promise pour 50 ans, garantissant la liberté économique de Hongkong, mais pas sa liberté politique, l'argent était revenu sans le moindre état d'âme. Et tout compte fait, la seule différence notoire de la rétrocession a été que tous les habitants, qui parlent cantonais, ont été obligés d'apprendre le mandarin.
Vingt ans plus tard, la Chine met la dernière main à la construction du pont de Hongkong-Zuhai-Macao, long de 55 kilomètres, qui doit être achevé d'ici la fin de l'année. Il s'agit de relier un groupe de métropoles dans le delta de la rivière des Perles pour en faire un nouveau pôle économique régional compétitif à l'échelle internationale.

Tout sur le Guangdong

Hongkong, Macao, Canton, Shenzhen, Zuhai, au total pas moins de onze villes de la province du Guangdong réunies sur le base d'un PIB (produit intérieur brut) de 1 400 milliards de dollars américains, soit 12% de l'économie de la Chine toute entière. Et des temps de trajet ramenés à 30 minutes contre trois heures auparavant.
Hongkong en sera le centre financier régional. Shenzhen, village de pêcheurs en 1997, qui abrite aujourd'hui tous les géants de la technologie de pointe, deviendra le centre d'innovation de la zone, et Canton le nouveau port de l'électronique et du commerce international.
Le Hongkong Trade Development Council a beau se féliciter que les exportations du territoire soient au plus haut depuis quatre ans,, force est de reconnaître que le secteur manufacturier de Hongkong est moribond. A tel point que l'ancienne colonie britannique est obligée de sous-traiter ce qu'elle fabrique aux Philippines, téléphones, montres connectées, pour le revendre à 70% en Chine continentale.

Le monde d'hier a disparu

"Tous mes clients sont désormais des hommes d'affaires chinois, ou des Hongkongais dont les affaires ne dépendent que de la Chine et de son économie. En fait, nous sommes juste une ville chinoise de plus. C'est tout." Szeto, cité par Serge Berthier dans son livre "Vivre à Hongkong" (édition de l'Archipel), entrepreneur de Hongkong, n'a pas attendu pour s'installer à Shenzhen.
Serge Berthier sait de quoi il parle. Il s'est installé à Hongkong en 1986 pour monter sa société de conseil. Et il fait dire à Mathieu, qui a revendu son imprimerie, "le monde d'hier a disparu et ne reviendra pas. Les choses sérieuses ayant de l'avenir se passent en Chine. Nous il nous reste la bourse, les banques et la finances. Ça ne fait pas une économie."

Inégalitaire

Une économie qui n'est pas seulement désormais totalement soumise à la Chine, mais une économie de plus en plus inégalitaire. Hongkong vient toujours en tête des pays qui comptent le plus de milliardaires au monde, mais la Région Administrative Spéciale cache 1,3 milliard de personnes, près de 20% de sa population, qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. Quand ils ne dorment pas dans la rue, ils louent des lits dans des cagibis fermés par des grilles en métal.
Beaucoup d'entre eux rêvent de retourner en Chine continentale, dont leurs familles sont issues. Mais ils n'en ont pas les moyens. Et ils ne parlent pas la langue du pays, le mandarin.

 

 

Arnaud Rodier, juin-juillet 2017